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TOUT COMPRENDRE - Dôme de chaleur au Canada: comment expliquer ces températures extrêmes?

Mardi, 49,6°C ont été enregistrés au Canada, provoquant depuis plusieurs incendies. Un "dôme de chaleur" dont l'intensité pose de nombreuses questions.

Depuis maintenant plusieurs jours, le Canada et les États-Unis sont en proie à des températures records, avec un point culminant mardi, où le mercure a atteint 49,6°C à Lytton, petite ville de Colombie-Britannique. Un phénomène appelé "dôme de chaleur" inédit dans de pareilles proportions en Amérique du Nord, et qui a des conséquences majeures. Depuis mercredi, des incendies ravagent Lytton, obligeant la population à fuir la ville. Près de 90% de la commune serait actuellement détruite.

Le feu s'est également déclaré dans plusieurs autres villes du nord du pays, tout comme aux États-Unis, où la Californie déplore par exemple plusieurs départs de flamme. À l'origine de ces nombreux dégâts, un phénomène qui pose plusieurs questions.

• Qu'est-ce qu'un "dôme de chaleur"?

Un phénomène plutôt classique, mais une intensité qui est, elle, exceptionnelle. C'est de cette manière que les météorologues considèrent ce "dôme de chaleur" qu'ils assimilent à une "situation de blocage": l'air qui normalement circule de l'océan vers le continent cesse de circuler. Une sorte de "bulle" se forme alors: de l'air chaud s'emmagasine dans la région et est piégé par de hautes pressions qui le font redescendre au sol, où il se réchauffe encore. Le phénomène empêche aussi la formation de nuages, donc les températures augmentent encore un peu plus.

Le "dôme de chaleur"
Le "dôme de chaleur" © Gal ROMA © 2019 AFP

• Le réchauffement climatique favorise-t-il ce phénomène?

Si le phénomène en lui-même n'a rien d'exceptionnel puisque des dômes de chaleur se forment régulièrement au-dessus du Sahara ou en Méditerranée, l'intensité des températures est inédite. Et de nombreux scientifiques, dont François Gourrand, prévisionniste chez Météo France, y voient forcément les effets du dérèglement climatique:

"Battre des records de température au Canada de 3°C, c'est considérable. On avait connu ça en France, il y a deux ans, lorsque dans l'Hérault le record avait été battu de 2°C. C'est évidemment un marqueur du climat futur qui se réchauffe."

Et selon le prévisionniste, la probabilité de voir se former un dôme de chaleur d'une telle intensité dans un climat qui ne se serait pas réchauffé auparavant est normalement infime:

"En théorie, il faut plusieurs milliers d'années pour voir une telle valeur se produire", pointe le prévisionniste. "C'est quasiment un événement biblique. Si le facteur climatique est certain, il reste néanmoins à quantifier. Mais il est évident que le changement climatique accentue ces phénomènes."

Un phénomène aussi intense en Amérique du Nord pose également la question de la probabilité de voir un tel dôme se former au-dessus de l'Europe de l'Ouest, et donc la France.

Invité sur BFMTV, Christophe Cassou, climatologue et directeur de recherche au CNRS, avait rappelé qu'un dôme de chaleur s'est déjà produit en France au cours du XXIe siècle:

"Ces dômes de chaleur peuvent apparaître n'importe où, y compris sur l'Ouest de l'Europe. On en a déjà eu un qui a provoqué une canicule exceptionnelle, celle de 2003. Dans le futur, il y aura de toute façon ces circulations-là qui vont se mettre en place. Aujourd'hui, on ne sait pas quand bien évidemment, mais on est sûrs que ces types de circulations et les canicules qui y seront liées toucheront l'Ouest de l'Europe, et donc la France", alerte Christophe Cassou.

• Ce type de phénomène peut-il se produire fréquemment?

Alors dans quel futur, proche, éloigné? Ce qui est certain, pour le climatologue, c'est que si de telles intensités de températures sont très aléatoires et pourraient aussi bien arriver cette année qu'en 2050, l'augmentation du réchauffement climatique accentue la probabilité:

"Ces phénomènes extrêmes sont très rares, si on reprend la dernière vague de chaleur en France en juin 2019 qui a conduit au record de température de 46°C, la probabilité de voir cette vague de chaleur était à peu près de 1 sur 50, avec un climat qui se réchauffait en moyenne de 1°C à l'échelle de la planète, explique Christophe Cassou. "Si le climat se réchauffe maintenant à 1,5°C, seuil qu'on va obligatoirement franchir dans la prochaine décennie, cette probabilité passe à 1 sur 10. Un été sur 10 sera donc aussi chaud que celui de 2019."

Quant à la situation au Canada, le climatologue rappelle que les dômes de chaleur font partie des circulations les plus persistances dans l'atmosphère, et se dissipent généralement entre 7 et 14 jours. Si les records de températures ne devraient plus être battus, la sécheresse et les températures encore très chaudes pourraient être un frein au contrôle des incendies qui ravagent la zone.

Louis Augry