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Vers un prêt à taux zéro de 10.000 euros pour les 18-25 ans?

68% des étudiants se déclarent confiants sur la situation de l'emploi dans le secteur d'activité auquel ils se destinent, selon le baromètre 2016 de Prims Emploi – Opinion way

68% des étudiants se déclarent confiants sur la situation de l'emploi dans le secteur d'activité auquel ils se destinent, selon le baromètre 2016 de Prims Emploi – Opinion way - Marc Wattrelot- AFP

La mesure proposée par Stanislas Guérini, délégué général de LREM permettrait de "se lancer dans la vie" et ne serait remboursable qu'après avoir atteint un revenu mensuel de 1800 euros brut par mois. Une proposition "scandaleuse" pour l'Unef.

Dans ce contexte de crise sociale et économique, certaines voix appellent à nouveau à mettre en place un revenu universel ou une extension du RSA pour permettre aux jeunes, particulièrement frappés, d'étudier sereinement sans avoir à multiplier les petits boulots.

Face à cette urgence, Stanislas Guerini , le délégué général de LREM a une autre idée: le prêt à taux zéro. Il propose que soit mis en place "dès que possible" ce prêt de 10.000 euros pour les 18/25 ans. La mesure présentée comme "un capital jeune" permettrait de "s'émanciper" pour "se lancer dans la vie".

Il pourrait servir à "payer des frais de scolarité pour faire des études, financer un logement étudiant, créer une entreprise" ou "se consacrer à 100 % à ses études, sans avoir à travailler en parallèle".

Concrètement, ce prêt serait accessible "quelle que soit l'origine sociale" et sans condition d'usage, serait "remboursable sur une période très longue, 30 ans", et le serait "uniquement si l'on atteint un certain niveau de revenu, que je propose de fixer à 1800 euros brut par mois", précise Stanislas Guerini au journal Le Monde.

500 millions d'euros par an avec un taux de défaut de 20%

"C'est un emprunt sans risque car si vous n'atteignez pas ce revenu, vous n'avez pas à rembourser", ajoute-t-il. Cinq millions de personnes pourraient être concernées. "Chaque année, dès qu’une classe d’âge aurait la majorité, elle y aurait droit".

On est donc assez loin du revenu universel, car le dispositif "n’est pas une allocation" et "repose sur un principe de responsabilisation avec un capital remboursable", souligne le responsable.

Pour l'Etat, une telle mesure pourrait coûter chaque année 500 millions d'euros d'euros par an en prenant en compte un taux de défaut de 20% (les prêts qui ne seraient pas remboursés donc).

"La collectivité doit prendre deux coûts à sa charge: celui du temps avec les intérêts, le prêt étant à taux zéro, et celui du risque, c’est-à-dire le défaut de remboursement de ceux qui n’atteindraient pas le seuil de revenu. Les expériences à l’étranger, comme la Suède, l’Australie ou le Royaume-Uni, qui ont mis en place des systèmes dont on peut s’inspirer, permettent d’estimer à environ 20 % le taux de défaut. On peut donc estimer le coût pour les finances publiques à environ 500 millions d’euros par an, tout en permettant d’apporter chaque année 2 à 3 milliards d’euros à une jeune génération", détaille Stanislas Guerini.

"On ne veut pas commencer notre vie active en s'endettant"

Evidemment, rien ne dit que l'exécutif reprenne cette idée à son compte. "Je crois beaucoup à cette mesure", insiste néanmoins le responsable qui l'a soumise au président de la République qui a fait du soutien aux jeunes un axe important de sa politique.

Par ailleurs, 10.000 euros, est-ce une somme suffisante pour mener à bien ses études sereinement? Selon le syndicat étudiant Unef, il faut compter 1100 euros par mois pour un étudiant non-boursier en Ile-de-France (912 euros en province), de quoi atteindre très vite les 10.000 euros...

Interrogée par BFM Business, Mélanie Luce, présidente de l'Unef juge "scandaleuse" cette proposition "déconnectée de la réalité" et "n'est pas une vraie réponse". "Au lieu d'aides sociales, on nous propose un prêt, on ne veut pas commencer notre vie active en s'endettant".

Le syndicat réclame depuis longtemps que les étudiants soit considérés comme des personnes à part entière et donc éligibles aux aides sociales comme le RSA: "nous sommes la seule population à n'avoir aucun filet de sécurité. On veut juste rentrer dans le droit commun avec une extension du RSA ou une allocation d'autonomie basées sur les ressources des étudiants et non pas des parents", explique Mélanie Luce.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business