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Tourisme vert: les Français soucieux de concilier voyage et écologie

Les Maldives

Les Maldives - Pixabay

Les touristes cherchent de plus en plus à voyager responsablement, en préservant l'environnement. Faut-il pour autant arrêter de se rendre à l'autre bout de la planète? C'est un peu plus compliqué que cela.

Peut-on continuer à voyager tout en protégeant la planète? Faut-il arrêter de prendre l’avion? Les Français sont de plus en plus soucieux des conséquences du tourisme sur l’environnement. Un phénomène amplifié par la crise. 44% des Français se disent même prêts à payer plus cher leur séjour afin de voyager de manière responsable et respectueuse de la nature, rapporte un sondage Ifop de mars, réalisé pour le Cercle de Giverny.

Le secteur, durement frappé par la crise, ne peut plus faire l'autruche. C'est un enjeu économique puisqu'il représente 10% du PIB mondial et 15% des emplois. Alors pour répondre aux exigences des clients, les professionnels du voyage déploient de nouvelles formules.

Privilégier les vols directs

Depuis décembre, Kayak propose par exemple de trier les vols en fonction des émissions de CO2, en plus du prix ou du temps de trajet. Pour ce faire, le comparateur a travaillé avec une start-up allemande, chargée du mode de calcul. Plusieurs éléments sont pris en compte.

"L’avion utilise le plus de carburant au moment du décollage et de l'atterrissage. Un vol direct consomme donc moins. Le modèle de l’avion est également pris en compte dans le calcul car les plus récents consomment environ 30% de moins. Le taux d’occupation de l’avion est également essentiel car plus il y a de passagers, plus le taux de CO2 par personne baisse. Une note globale est également attribuée à chaque compagnie", détaille John-Lee Saez, Directeur Europe chez Kayak.

Le train se présente comme l’alternative la plus écologique à l’avion. Le tour opérateur Nomade Aventure a ainsi rendu tous ses trajets en Europe accessibles en train, avec la promesse d’un voyage émettant "trois fois moins de CO2". Mais ce mode de transport se heurte encore à plusieurs difficultés. "Le train reste bien plus cher et ne permet pas de se rendre à l’autre bout de la planète", remarque Julien Buot, directeur de l'association et du label Agir pour un Tourisme Responsable (ATR).

L’association créée en 2004 par des agences de treks, compte aujourd'hui 60 adhérents. Parmi les membres associés, de grands noms du secteur comme Air France ou Leclerc Voyages, ainsi que des offices du tourisme et des TPE. Mais seulement seize sont titulaires du label ATR. Si les agences de treks sont encore surreprésentées, récemment, Circuits by Club Med ou le voyagiste Kappa Club l’ont obtenu.

Des enjeux sociaux

"Notre label ne garantit pas forcément la dimension écologique. Par contre, il certifie que les entreprises agissent sérieusement pour tendre vers un tourisme responsable. Que d’une année à l’autre, elles s’améliorent. On le vérifie grâce à un audit", détaille Julien Buot.

Car le tourisme durable ne se réfère pas seulement aux émissions de CO2 lors du voyage. Il implique aussi de préserver les sites touristiques, la biodiversité, et d'impliquer les populations locales. Des enjeux sociaux et économiques entrent en compte.

"Dans l’imaginaire, le tourisme responsable est réservé à une niche et s’oppose au tourisme de masse. C’est faux. Pour certains lieux fragiles, un touriste par an, c’est déjà trop. Mais il y a des endroits où recevoir 10.000 touristes par jour n’est pas un problème, même dans des endroits sensibles comme la Baie de Somme ou Etretat. A condition d’équiper les sites correctement et de travailler avec les acteurs locaux, les élus et les habitants", affirme le président de l’association ATR.

Pour polluer le moins possible, le plus simple reste encore de voyager proche de chez soi. Sur ce point, la crise a été bénéfique. Les Français privilégient l'Hexagone ou l'Europe pour leurs vacances. Pour le week-end de l'Ascension, le littoral affiche ainsi une progression de 4 points par rapport à 2019, selon PAP vacances. Et c'est la campagne qui progresse le plus avec + 6,2 points comparé à l'avant-crise. Reste à savoir si ces comportements perdureront une fois les restrictions de voyage levées.

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech