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Temps de travail: France Stratégie appelle à "maîtriser" les salaires

France Stratégie souligne les jeux de compétitivité

France Stratégie souligne les jeux de compétitivité - Jean-François Novieu - AFP

Alors que les candidats à l'élection présidentielle brandissent leurs solutions pour réduire le chômage en jouant sur le temps de travail, l'organisme de réflexion publie une étude pour rappeler que, quelle que soit la solution retenue, la compétitivité doit être favorisée.

Chacun a sa recette pour enrayer le chômage via le temps de travail. François Fillon propose de supprimer la durée légale du travail de 35h, de laisser les entreprises décider du temps de travail et de la rémunération, et d'installer les 39h dans la fonction publique.

Emmanuel Macron, qui n'a pas encore levé le voile sur son projet présidentiel, souhaite que les branches puissent moduler la durée légale du temps de travail, et qu'elles laissent la possibilité aux seniors de travailler moins, et aux jeunes de travailler plus. Benoît Hamon, de son côté, n'entend pas modifier la durée légale de 35h, mais veut inciter les entreprises à passer aux 32h payées 35.

Sans se prononcer directement sur ces mesures, l'organisme de recherche économique France Stratégie est venu faire un rappel à l'ordre, dans une récente note. Les auteurs de ces travaux précisent bien au passage que ces documents n'ont pas "vocation à refléter la position du gouvernement". Précision importante quand on sait que France Stratégie est rattaché au Premier ministre…

La qualité espagnole, les prix allemands

L'étude se penche plus précisément sur la durée légale du travail, qui "demeure une norme sociale dans l’élaboration des contrats de travail". L'avertissement des auteurs peut être résumé ainsi: peu importe au fond que la durée légale soit augmentée ou réduite, le coût du travail doit être réduit.

"Une politique du temps de travail visant à réduire le taux de chômage de façon durable doit avant tout veiller à maîtriser les coûts salariaux unitaires", peut on ainsi lire. "Dans un contexte de forte concurrence internationale, la maîtrise des coûts salariaux unitaires est indispensable pour assurer que les produits français restent compétitifs en termes de rapport qualité-prix, faute de quoi cette baisse du chômage s’annulera, voire risquera de s’inverser à un horizon de quelques années", ajoutent les auteurs.

Il s'agit ainsi d'éviter d'obérer la compétitivité tricolore alors que, pour reprendre le constat de Patrick Artus, le directeur des études économiques de Natixis, la France produit avec la qualité espagnole mais au coût de l'Allemagne.

Baisser les coûts

France Stratégie se penche ainsi sur les deux cas: baisse et hausse de la durée légale du temps de travail.

Dans le premier cas, l'organisme de réflexion prévient bien que si cette diminution du temps de travail peut créer à court terme des emplois (et donc réduire le chômage) cet effet n'est durable que si les coûts salariaux ne progressent pas. Et si une "stabilisation peut être suffisante", un "abaissement de ces coûts serait encore un meilleur gage de réussite". Ce qui suppose dans tous les cas que les salariés ne travaillant plus 35 heures toucheront moins.

"Une baisse de la durée du travail doit donc s’accompagner d’une forme de modération salariale et être utilisée comme un levier pour modifier l’organisation des méthodes de travail au sein des entreprises afin de générer des gains de productivité", conclut France Stratégie. 

Question de motivation

Dans l'autre cas de figure, France Stratégie n'a pas l'air de voire un inconvénient énorme à augmenter la durée de travail sans contrepartie salariale. Mais l'organisme "s'interroge" néanmoins sur "la motivation des salariés et donc leur productivité" dans cette situation.

En revanche, si la hausse des salaires doit être symétrique à celle du temps du travail, "alors la baisse des coûts salariaux unitaires, doit passer par une forme de compensation de la part des pouvoirs publics", écrivent les auteurs.

Et ces derniers de conclure que si une hausse de la durée légale du temps de travail risque de se traduire à court terme par une augmentation du chômage, "à moyen terme, le gain de compétitivité (..) peut en revanche contribuer à stimuler la production, les marges, l’investissement et in fine l’emploi".

Julien Marion