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Retard du vaccin: AstraZeneca pointe la faible productivité des usines européennes

Une dose du vaccin développé par AstraZeneca et l'Université de Oxford, le 23 novembre 2020

Une dose du vaccin développé par AstraZeneca et l'Université de Oxford, le 23 novembre 2020 - JOEL SAGET © 2019 AFP

Alors que le laboratoire a annoncé qu'il allait devoir réduire de 60% ses livraisons de vaccins à destination de l'UE, le PDG du groupe constate que les faiseurs européens sont moins performants que d'autres sous-traitants.

C'est un coup dur pour la campagne de vaccination en Europe. Ce vendredi, le groupe pharmaceutique AstraZeneca a annoncé qu'il serait contraint de livrer 60% de doses en moins à l'Europe en février et mars. Le laboratoire britannico-suédois devait sur la période fournir quelque 80 millions de doses aux pays de l'UE, ce sera finalement 30 millions seulement.

En France, ce retard risque d'avoir des conséquences importantes sur la campagne de vaccination. Selon le ministère de la Santé, le pays ne devrait recevoir d'ici mars que 4,6 millions de doses au lieu des 15,9 millions initialement prévues. Or le vaccin d'AstraZeneca était un rouage essentiel de l'ouverture de la campagne au grand public. A la différence des vaccins à ARN messager, le vaccin à vecteur viral du laboratoire se conserve à une température standard, soit entre 4 et 8°C. Idéal pour fournir rapidement un grand nombre de centres de vaccination.

Un retard qui met l'Europe en émoi. Sur Twitter, la commissaire européenne aux questions de Santé a fait part de ses sentiments vifs à l'égard du groupe pharmaceutique.

"Les discussions avec AstraZeneca aujourd'hui ont entraîné un mécontentement face au manque de clarté et aux explications insuffisantes, a commenté ce lundi Stella Kyriakides. Les États membres de l'UE sont unis: les développeurs de vaccins ont des responsabilités sociétales et contractuelles qu'ils doivent assumer."

Alors que le Royaume-Uni qui a aprouvé en urgence le vaccin le 30 décembre dernier et l'utilise déjà depuis le 4 janvier, des questions se posent sur un éventuel favoritisme. Le laboratoire qui a son siège social à Londres aurait-il favorisé le pays de Boris Johnson au détriment de l'UE?

Dans une interview au quotidien La Répubblica, Pascal Soriot, le président français d'AstraZeneca dément cette hypothèse.

"Je pense en fait que nous avons traité l'Europe équitablement, assure-t-il. Je suis européen, j'ai l'Europe dans l'âme. Notre président qui est suédois est européen. Notre directeur financier est européen. Les membres de la direction sont européens. Nous voulons donc traiter l’Europe du mieux que nous pouvons. Vous savez, nous le faisons sans profit, rappelez-vous? Nous ne sommes pas allés là-dedans pour essayer de gagner de l’argent ou autre."

Des usines trois fois moins performantes

Si le Royaume-Uni dispose actuellement de centaines de milliers de doses du vaccin AstraZeneca, c'est surtout parce que le pays a été un des premiers à passer commande et a autorisé son utilisation.

"Le contrat britannique a été signé trois mois avant l'accord européen sur les vaccins. Donc, avec le Royaume-Uni, nous avons eu trois mois supplémentaires pour résoudre tous les problèmes que nous avons rencontrés, explique Pascal Soriot qui ne veut pas porter de jugement sur la tardiveté de la signature européenne. Lorsque nous avons conclu l'accord avec Oxford [l'université partenaire du groupe pharmaceutique], ils avaient déjà travaillé avec le gouvernement britannique à ce sujet. Ils avaient donc une longueur d'avance. Nous avons pu prendre assez rapidement la chaîne d'approvisionnement britannique et l'améliorer."

Des institutions européennes moins rapides à se décider (le vaccin n'est d'ailleurs toujours pas autorisé dans l'Union) mais aussi une productivité plus faible des usines du vieux continent.

C'est ce qu'explique Pascal Soriot

"Les sites qui ont la productivité la plus faible du réseau sont les sites qui approvisionnent l'Europe et honnêtement, je veux dire, nous ne le faisons pas exprès, assure le président d'AstraZeneca. Nous avons une productivité qui passe de un à trois. Le meilleur site que nous avons produit trois fois plus de vaccins par lot que le site le moins productif."

Et manque de chance, ces sites sont situés en Europe.

Le retard des usines européennes découlerait selon le Wall Street Journal d'un rendement des cultures cellulaires (la substance active du vaccin) plus faible que prévu sur un site de production belge appartenant au groupe français Novasep. Ce dernier n'a pas souhaité commenter. Cette production serait un tiers inférieure aux attentes d'AstraZeneca. Les rendements des vaccins peuvent beaucoup varier d'un site à l'autre en fonction des étapes d'ensemencement qui prennent plusieurs semaines.

Selectionné par AstraZeneca en juin 2020, ce site qui a ouvert en 2018 est un des deux sous-traitants d'AstraZeneca pour l'Europe. Le second étant situé à Leiden aux Pays-Bas (groupe Halix).

Et c'est l'obligation de passer par des sous-traitants pour produire plus et plus vite qui rend le processus de fabrication complexe et le soumet à des aléas.

"Nous avons dû faire ce que nous appelons le transfert de technologie. Nous allons donc voir chaque partenaire et nous les formons sur le processus. Nous les formons à la fabrication. Et puis, vous savez, certaines personnes sont nouvelles dans ce processus. C'est comme s'ils apprenaient le processus. Ils ne savent pas comment fabriquer le vaccin et ils ne sont pas aussi efficaces que les autres."

Pointé du doigt à tort par des médias allemands pour son manque d'efficacité sur les personnes âgées, le vaccin d'AstraZeneca devrait être autorisé par l'agence européenne des médicaments (AME) ce vendredi 29 janvier.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco