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Quand l’industrie française de l’électronique se relocalise

[CONTENU PARTENAIRE] A l’aube des années 2000, la réorganisation des grands groupes de l’électronique française (Thomson, Sagem, Alcatel...) entraîne d’importantes délocalisations. Les usines sont cédées à de grands sous-traitants internationaux, sonnant le glas de la production Made in France. Aujourd’hui, un début de relocalisation, encouragé par le gouvernement, semble bel et bien s’amorcer. Qu’en est-il sur le terrain ? L’analyse d’Alain Mandine, président du groupe OCIS, structure issue du rachat de trois sociétés : SADITEC (producteur de cartes électroniques et câblage filaire), MILESYS (concepteur de solutions clés en main) et DEPAEPE (fabricant de terminaux téléphoniques analogiques et IP).

L’industrie française de l’électronique a connu une réelle vague de délocalisation depuis les années 2000. Pensez-vous, qu’aujourd’hui, comme le souhaite le gouvernement, on puisse en relocaliser certains pans ?

D’abord un constat : aujourd’hui, en France, nous sommes en capacité de produire, dans de bonnes conditions, et à des prix raisonnables quand on fait de la sous-traitance, quand on produit des cartes électroniques. En effet, ces dernières sont fabriquées via des lignes de production qui sont automatisées que l’on se trouve dans l’Hexagone, en Allemagne, en Chine ou n’importe où ailleurs. Là où la différence va se faire, c’est lorsqu’on parle de segments pour lesquels il faut mobiliser la main d’œuvre en quantité importante comme le câblage filaire ou des opérations d’assemblage. C’est dans ces domaines que les pays asiatiques ont déséquilibré le jeu. A titre d’exemple, pour ce qui nous concerne, au sein du groupe OCIS, nous sommes précisément en train relocaliser une partie des activités de notre filiale DEPAEPE (fabrication de terminaux de téléphonie fixe), entreprise que nous avons reprise en 2018, et qui avait délocalisé une partie de sa production en Asie. Cela suppose la mise en place d’un outillage de production automatisée et donc de faire porter ses efforts dans la conception ou la reconception du produit pour que cette automatisation puisse se faire de la meilleure des façons. La relocalisation permet d’être compétitif uniquement dans ces conditions.

Que va pouvoir apporter cette relocalisation ?

Le premier avantage de la relocalisation est la maîtrise de la chaîne de valeur. En conséquence, une entreprise devient capable de réagir de manière plus proactive, plus rapide, plus efficace quant aux besoins des clients. De plus, elle va permettre d’optimiser la gestion des stocks et de plus personnaliser les produits fournis. Tout cela n’est pas sans conséquence sur l’arrivée de l’industrie 4.0, la smart industrie. En ce moment, le groupe OCIS travaille sur un projet d’usine tournée vers cette logique d’industrie du futur (digitalisation des process, utilisation de l’intelligence artificielle, notamment pour ses capacités en termes d’analyse prédictive), mais qui met également au centre de sa conception les enjeux sociétaux et de développement durable, par exemple l’utilisation d’un maximum de panneaux solaires pour éviter d’aller puiser dans les énergies fossiles. Elle devrait employer a minima une cinquantaine de personnes supplémentaires. Nous avons obtenu une subvention de la Région Ile-de-France d’une valeur de 800 000 euros pour travailler sur toute la problématique de l’outillage nécessaire à l’équipement de cette usine qui, selon nos plans, devrait ouvrir ses portes à l’horizon fin 2022.

La France possède-t-elle encore les talents nécessaires à votre industrie ?

Si en France, on forme de nombreux ingénieurs, on ne forme plus à de nombreux métiers de l’électronique, comme des spécialistes du câblage filaire qui demandent un véritable savoir- faire. Cela s’apprend. Dans ces domaines, il n’existe plus de formations nationales. C’est la raison pour laquelle nous envisageons dans notre future usine d’ouvrir un CFA (centre de formation d’apprentis) aux métiers du câblage électronique en partenariat avec un autre CFA. Notre but est de former des personnes avec un haut niveau de qualification.

Le groupe OCIS s’est formé suite aux rachats de trois entreprises. Comptez-vous poursuivre dans cette stratégie de croissance externe ?

Notre stratégie de développement repose sur ces deux piliers que sont la croissance organique et la croissance externe. A ce dernier sujet, nous recevons régulièrement des sollicitations d’entreprises qui souhaitent se rapprocher d’un groupe. Notre approche, dans ce domaine, est triple. Une opération de rachat doit : soit nous permettre d’avoir une assise plus large sur nos métiers, soit nous donner la possibilité de nous étendre dans des domaines du secteur de l’électronique qui ne sont pas encore les nôtres (automobiles, énergie...), soit reprendre une entreprise pour nous permettre d’intégrer des talents dont nous avons besoin et dont le recrutement reste extrêmement compliqué. Une telle opération devrait intervenir en 2021.

Qu’en est-il de vos ambitions à l’export ?

Nous exportons dans 38 pays. Nous comptons encore nous renforcer à l’étranger. Dans cette optique, nous ouvrons un site marchand en huit langues sur la marque DEPAEPE. Nous allons également démarrer notre implantation en dehors de nos frontières. Le premier pays que nous visons est l’Allemagne.

Ce contenu a été réalisé en partenariat avec SCRIBEO. La rédaction de BFM BUSINESS n'a pas participé à la réalisation de ce contenu.

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