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Que sont devenus les premiers auto-entrepreneurs?

Peu d'auto-entrepreneurs restent auto-entrepreneurs dans les cinq ans

Peu d'auto-entrepreneurs restent auto-entrepreneurs dans les cinq ans - Priceminister - Flickr - CC

L'Insee a publié une étude qui portent sur les 191.000 auto-entrepreneurs immatriculés début 2010. Cinq ans plus tard, moins de 20% d'entre eux étaient toujours sous ce régime.

C'est une annonce qui a crispé les indépendants et ravi les auto-entrepreneurs. Fin août, le gouvernement a en effet annoncé que les plafonds de chiffre d'affaires pour bénéficier du régime de l'auto-entreprise (ou plus exactement, depuis 2014, de la microentreprise) seraient doublés. Ces entrepreneurs individuels pourront donc croître davantage avant de devoir renoncer à ce régime simplifié.

Mais, au fait, combien de temps un auto-entrepreneur reste-t-il auto-entrepreneur? Pas très longtemps, si on en croit une étude de l'Insee publiée ce mardi. L'institut des statistiques a en effet regardé ce qu'étaient devenus les 190.000 auto-entrepreneurs qui s'étaient immatriculés au premier semestre 2010 et qui figuraient ainsi parmi les premiers créateurs d'entreprises à adopter ce régime (créé le 1er janvier 2009).

Sur ces quelque 190.000 auto-entrepreneurs, 38% n'ont tout simplement jamais déclaré le moindre chiffre d'affaires. Ensuite sur les 62% restant, seulement 23% était toujours actifs sous ce régime en 2015. Soit un taux de pérennité de 38% à cinq ans. Avec une nuance: ce chiffre grimpe à 41% lorsque l'auto-entrepreneur en a fait son activité principale. Mais cela reste bien moindre que la moyenne globale des entreprises (60%), et celle des entrepreneurs individuels (50%).

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1,1 million d'auto-entrepreneurs

Des chiffres que tient toutefois à relativiser François Hurel, le fondateur et président de l'Union Auto-Entrepreneurs (UAE). "Nous savons que 350.000 auto-entrepreneurs arrivent chaque année, et que dans le même nous sommes 1,1 million et que ce chiffre bouge peu. Ce qui veut dire que chaque année 30% sortent de ce régime. Que deviennent-ils? Nous l'ignorons et l'Insee aussi car les auto-entrepreneurs sont une population qu'il est très difficile de suivre", fait-il valoir.

"Il faudrait surtout faire une analyse fine et connaître le nombre d'entre eux qui ont quitté ce régime et qui sont devenus entrepreneurs individuels", ajoute-t-il. Il est vrai que sur les 39% d'autoentrepreneurs qui ont quitté ce régime entre 2010 et 2015, l'Insee ne précise pas combien sont passés au régime général de l'entrepreneur individuel et se sont ainsi servis de ce statut comme d'un tremplin pour l'entrepreunariat.

Un rapport de l'inspection générale des finances estimait, dans un rapport publié début 2013, qu'ils étaient néanmoins "très minoritaires". Constat que ne conteste pas François Hurel. Mais ce dernier assure "que la situation est désormais différente". "Je pense qu'il y a en a beaucoup plus qu'on ne le pense", assure-t-il.

"L'absence d'envergure sociale"

Didier Barbet, fondateur de Entrepreneur Engine et ancien vice-président de la Fedae (fédération des auto-entrepreneurs) lui lie ce manque de pérennité des auto-entrepreneurs "à l'absence d'envergure sociale". "Quand vous allez voir les banques vous avez zéro financement. Lorsque vous voulez louer un appartement, ce n'est pas possible Il y a un problème de fond sur la reconnaissance des micro-entrepreneurs", fait-il valoir.

Une autre limite de l'analyse tient cette fois au chiffre d'affaires généré. Selon l'Insee, au bout de cinq ans, la moyenne pour les auto-entrepreneurs exerçant en activité principale est de 12.800 euros soit bien moins que le Smic. Mais, souligne François Hurel, ce chiffre est quelque peu biaisé car "il existe des retraités qui sont auto-entrepreneurs et qui exercent en activité principale. Les revenus tirés de cette activité viennent simplement compléter leurs pensions et ils peuvent ne consacrer qu'entre 1 et 30% de leur temps à leur auto-entreprise".

Julien Marion