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Présidentielle: que valent les programmes économiques des grands candidats?

Les cinq candidats qui ont fait l'objet d'une étude du Coe-Rexecode

Les cinq candidats qui ont fait l'objet d'une étude du Coe-Rexecode - Elliott Blondet - AFP

Le Coe-Rexecode, un think tank économique proche du patronat, a dressé des scénarios pour prévoir à quoi ressemblerait l'économie française dans le cas d'une victoire des cinq candidats au-dessus des 10% d'intentions de votes.

"Depuis trois décennies aucun candidat n'a jamais appliqué son programme, aucun". C'est sous la foi de ce constat que Michel Didier, le président du Coe-Rexecode, livre les résultats de l'étude de son institut économique, réputé proche du patronat.

Le Coe-Rexecode a, en effet étudié à quoi pourrait ressembler l'économie en cas de victoire de François Fillon, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, soit les cinq candidats crédits de 10% des intentions de vote.

"Mesures correctrices"

Mais, chose, importante, les économistes du think tank, ont considéré que toutes les mesures d'économies des candidats ne vont pas être appliquées. Pour donner un exemple, dans le cas de François Fillon, ils retiennent non pas 500.000 suppressions de postes de fonctionnaires mais 250.000.

Par ailleurs, ils considèrent qu'à un moment ou un autre certains candidats vont implanter des "mesures correctrices" pour, comme dirait Michel Didier, "se confronter au mur de la réalité". Le président du Coe-Rexecode convient que la "démarche peut paraître surprenante". "Après tous les candidats pourraient très bien nous dire 'vous n'avez qu'à appliquer mon programme jusqu'au possible. Mais ce n'est pas possible, car soit ils arrivent à un programme de rupture soit le programme rentre en contradiction avec des engagements européens qu'ils affirment également par ailleurs", assure-t-il.

Voici leurs résultats, candidat par candidat

> François Fillon

Si le Coe-Rexecode n'exprime pas de préférence pour un programme en particulier, il est clair que François Fillon s'en tire avec la meilleure copie. Contrairement à Emmanuel Macron et Benoît Hamon (voir plus bas) le candidat Les Républicains n'aurait pas besoin d'infléchir son programme pour tenir ses engagements vis-à-vis de Bruxelles. Et même si le Coe-Rexecode ne retient qu'une partie des économies annoncées par le candidat (40 sur 80 milliards), François Fillon réussirait à assainir les comptes publics. 

Au début du quinquennat le déficit public passerait au-dessus des 4%, en raison de l'effet des allègements de charges et du coût du travail. Mais ces mesures seraient très vite compensées par des hausses d'impôts (l'augmentation de 2 points du taux plein de TVA) et par la montée en puissance de la réforme des retraites.

Par ailleurs, "la stratégie claire de réduction des dépenses publiques et de restauration de la compétitivité permettrait de réorienter les ressorts de la croissance vers les exportations et de réduire significativement les principaux déficits", écrit le Coe-Rexecode. 

> Benoît Hamon

Le Coe-Rexecode considère que le programme de Benoît Hamon pourrait aboutir à un déficit de 8% en 2022! L'institut estime ainsi que le candidat du PS rééquilibrerait son programme en 2019. Benoît Hamon renoncerait à la deuxième étape de son revenu universel. Il couperait également dans les investissements et réduirait les dépenses des ministères pour arriver à 50 milliards d'euros d'économies en 2022. Il diminuerait également les pensions des retraités et des invalides d'un point de PIB.

Ces ajustements pèseraient toutefois largement sur l'activité. Alors que sans mesures correctrices la croissance, en moyenne, serait de l'ordre de 3,3% par an durant son quinquennat, en les intégrant, elle s'effondre, avec notamment deux années de récession. Les créations d'emploi suivraient la tendance de la croissance. Et malgré ses efforts, Benoît Hamon n'arriverait pas à passer sous les 3%. Il s'en approcherait en 2019-2020, avant de relâcher la pression.

> Emmanuel Macron

Le Coe-Rexecode considère que sur les 60 milliards d'euros d'économies visés par le leader d'En Marche! seulement 36,7 milliards pourraient être réalisées. Les mesures de compétitivité et de relance de l'ex-ministre de l'Économie auraient, en théorie, un effet positif important (la croissance atteindrait plus de 3% à l'horizon 2022).

Néanmoins, le manque d'économies suffisantes, selon le Coe-Rexecode, serait tel que le déficit ne passerait jamais sous les 3% (Il atteindrait 5% en 2018 avant de se résorber petit à petit pour atteindre 3,4% en 2022). Le Coe-Rexecode considère alors qu'Emmanuel Macron va prendre une mesure importante pour rectifier le tir: une réforme des retraites sévères qui passerait par trois leviers possibles (hausse des cotisations, baisse des pensions et allongement de la durée de cotisations).

Au final les résultats économiques tels que le prévoient le Coe-Rexecode sont contrastés. Après une première année faste, la croissance retomberait à un niveau proche de celui de la fin de quinquennat de François Hollande. Il en serait de même pour les créations d'emploi. Le déficit, d'abord très élevé, se redresserait progressivement pour passer sous les 3% fin 2017.

> Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon

Pour ces deux candidats, le Coe-Rexecode n'a pas pu analyser en profondeur l'impact des scénarios économiques qu'il a pourtant lui-même retenus. Pour une raison simple, l'institut économique considère que la présidente du Front national et le fondateur du Parti de Gauche présentent des projets "de rupture". Soit, en clair, qu'ils n'hésiteraient pas à s'affranchir des contraintes européennes. Ce qui se traduirait alors pour les deux candidats par une sortie de l'euro. À ce moment, les outils d'évaluation de l'institut ne peuvent plus être utilisés.

Dans le cas de Jean-Luc Mélenchon, la sortie de l'euro était une option B (la "A" étant de renégocier tous les traités européens et mettre fin à l'indépendance de la BCE). Mais le Coe-Rexecode considère que la hausse de la dépense publique (120 milliards d'euros la première année) va aboutir à un déficit proche de 12% dès la première année du quinquennat! Avec des déficits aussi élevés, l'État emprunterait à des taux d'intérêt prohibitifs et n'auraient plus d'autre choix que d'abandonner l'euro. Le scénario n'est pas très différent pour Marine Le Pen si ce n'est que le déficit est moins important (de l'ordre de 6% la première année du mandat) et que la candidate frontiste choisit, elle, complètement de sortir de l'euro, et non sous la contrainte.

Si le Coe-Rexecode ne livre pas d'analyse détaillée, il "esquisse" quand même ce que l'économie pourrait donner en sortant de l'euro. Avec une dépréciation de 20% de la monnaie nationale la première année et de 5% la deuxième, l'économie française retrouverait de sa compétitivité et les exportations progresseraient. Sauf que dans le même temps les marchandises exportées exploseraient, de même que les prix. La consommation et l'investissement serait alors plombés. De plus, l'incertitude gagnerait la zone euro, ce qui freinerait le potentiel de hausse des exportations. Le Coe-Rexecode prédit alors "une récession très violente et des années de rétablissement des équilibres et de désendettement".

Résultats

2018 2019 2020 2021 2022

Croissance (%) 4,1 -0,1 -0,6 0,5 0,8

Déficit public (% PIB) -4,5 -3,3 -3,3 -3,7 -3,9

Création d'emplois

(en milliers) 364 159 -250 -11 109

Les résultats

2018 2019 2020 2021 2022

Croissance (%) 2,7 1,2 1,1 1,3 1,3

Déficit public (% PIB) -4,9 -3,8 -3,6 -3,3 -2,8

Création d'emplois

(en milliers) 386 282 72 172 168

Résultats

2018 2019 2020 2021 2022

Croissance (%) 1,6 1,7 2 1,9 1,9

Déficit public (% PIB) -4,1 -3,3 -2,7 -2,1 -1,4

Création d'emplois

(en milliers) 247 374 300 299 269