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Pourquoi les syndicats APH et Jeunes Médecins disent "non" aux accords du "Ségur de la Santé"

Ces deux syndicats non signataires estiment que ces accords n'apportent pas les garanties suffisantes pour les jeunes médecins et personnels de gardes.

L'accord sur la rémunération des médecins hospitaliers, conclu dans le cadre du "Ségur" de la Santé et signé par trois syndicats, est très décevant pour les praticiens en début de carrière et pour tous ceux qui assurent des gardes, ont dénoncé ce lundi deux organisations non signataires.

Ce protocole d'accord "constitue une avancée, mais il manque trop d'éléments pour qu'on puisse le signer", a affirmé lors d'une conférence de presse Jean-François Cibien, du syndicat Action Praticiens hôpital (APH).

"Opératoin de communication"

"Cet accord est une opération de communication. (...) Les oubliés, ce sont les jeunes médecins, déjà parce qu'avec la revalorisation des internes, un assistant va gagner moins qu'un interne", a déploré sur notre antenne Emmanuel Loeb, président des Jeunes Médecins. "Ce sont les débuts de carrière qui sont sacrifiés, alors qu'ils sont l'avenir de l'hôpital", a ajouté Lamia Kerdjana, du même syndicat.

Pour APH et les Jeunes Médecins, l'accord - approuvé par les trois autres organisations représentatives de médecins hospitaliers - ne permet pas de répondre au manque d'attractivité des carrières médicales à l'hôpital public, bien moins rémunératrices que dans le secteur privé. Notamment car il ne change rien au décompte et à la rémunération des nombreuses heures de garde de nuit.

"Comment aborder une nouvelle crise sanitaire si on fait fuir les médecins?", s'interrogent APH et Jeunes Médecins, qui demandent en conséquence l'ouverture à l'automne "d'états généraux pour l'attractivité des carrières hospitalières".

"On est en train de casser l'hôpital public"

L'accord, qui prévoit une hausse de 450 millions d'euros pour les rémunérations des médecins hospitaliers, a obtenu l'accord de trois des cinq syndicats de médecins hospitaliers, le CMH, l'INPH et le Snam-HP.

Pour autant, les mesures adoptées "ne sont majoritaires ni chez les jeunes, ni chez les milieux de carrière, ni chez ceux qui prennent des gardes", a dénoncé Anne Geffroy Wernet, du SNPhare (anesthésistes). Au vu des conditions actuelles de rémunération, "dans 10 ans, les médecins les plus âgés seront partis en retraite, mais les jeunes ne seront pas là pour prendre leur relève. On est en train de casser l'hôpital public", a-t-elle mis en garde.

Selon les syndicats non signataires, les organisations ayant approuvé l'accord ne sont majoritaires que chez les médecins hospitalo-universitaires, mais pas chez les praticiens hospitaliers ou contractuels, bien plus nombreux. "Il nous faut un deuxième round de négociations", a déclaré Jacques Trevidic, de l'APH, car "il est évident que le problème du temps de travail va revenir sur le devant de la scène".

"Cet accord n'est pas majoritaire, c'est un mensonge!" s'est exclamé Patrick Pelloux, de l'Association des médecins urgentistes de France (AMUF), qui a réclamé un "big bang" pour attirer les jeunes générations de médecins vers une carrière à l'hôpital public.

P.L avec AFP