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Pourquoi les salaires varient du simple au double d'une ville à l'autre

Les salaires sont bien plus élevés en région parisienne

Les salaires sont bien plus élevés en région parisienne - Philippe Huguen - AFP

Dans une étude publiée jeudi, France Stratégie tente d'expliquer les inégalités salariales sur le sol français. Il en ressort que le niveau d'études joue énormément.

Si vous habitez dans la région parisienne, il y a de fortes chances que vous gagniez beaucoup plus que votre cousin qui vit lui dans le Périgord. Car la France, comme beaucoup de pays, se caractérise par d'importantes inégalités salariales selon la localisation géographique. Ainsi, si en 2012, le salaire horaire net moyen était de 13,9 euros, il variait de 10,4 euros dans la région de Saint-Flour, dans le Cantal, à 19,5 euros du côté de Saint-Quentin-en-Yvelines.

Pourquoi ces écarts de salaires existent-ils? Les équipes de France Stratégie, un organisme de recherche rattaché à Matignon, ont tenté d'apporter des éléments de réponse dans une étude publiée le jeudi 18 mai.

Une première explication, évidente, tient à "l'effet de composition". En clair, plus la proportion de cadres dans une région donnée est forte, plus le salaire est élevé. Ainsi, pour reprendre les exemples précédents, la région de Saint-Quentin-en-Yvelines compte trois fois plus de cadres que celle de Saint-Flour.

Des écarts au sein d'une même catégorie

Sauf que cet "effet de composition" n'explique pas tout. Au sein d'une même catégorie, les divergences peuvent là encore être très grandes. Ainsi un homme vivant à Paris et étant cadre gagne en moyenne 36,7% de plus que son homologue vivant à Issoudun, dans l'Indre (32,1 euros net par heure contre 20,3 euros).

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France Stratégie se penche alors sur l'existence "des gains d'agglomérations": en clair, plus une localité comporte d'emplois, plus les salaires et la productivité sont élevés pour de multiples raisons. Dans la littérature académique, plusieurs économistes ont ainsi montré que le doublement de la densité ou de la taille d'une ville augmente la productivité et les salaires de l'ordre de 3 à 8%.

Sauf que France Stratégie, après quelques calculs statistiques, n'arrive pas à trancher sur l'existence de ces "gains d'agglomérations". "Il est possible que le lien de causalité soit inverse, si des salaires élevés contribuent à la densité d'une zone en y attirant des travailleurs" écrivent d'ailleurs les auteurs de l'étude.

Les diplômés font bénéficier (presque) tout le monde

Il reste un élément clé: le niveau d'études. Plusieurs chercheurs comme Enrico Moretti (Berkeley) donnent des exemples qui montrent que la présence de diplômés aux États-Unis a des effets sur les salaires des personnes les moins qualifiées (via la garde d'enfant, le recours à des professeurs de gym, etc...). Enrico Moretti concluait ainsi en 2012 qu'une hausse de 1% de la part des diplômés du supérieur dans une ville se traduisait par une augmentation de salaires allant de 0,4% à 1,9%, avec des effets plus forts sur les bas salaires.

Qu'en est-il pour la France? France Stratégie a procédé au même type de calcul. Il en résulte qu'une hausse de 1 point de la part des diplômés du supérieur sur un territoire donné augmente de 0,6% le salaire des cadres, de 0,5% celui des professions intermédiaires, et de 0,3% celui des employés. L'effet serait en revanche faible (0,1%) pour les ouvriers.

Ce qui explique ainsi que le bassin parisien, qui possède la plus forte concentration de diplômés du supérieur, bénéficie de salaires 4% plus élevés que la moyenne pour les cadres et les professions intermédiaires, et de l'ordre de 2% pour les employés.

"Les résultats montrent que les différences de salaires proviennent en bonne partie d’effets de capital humain: plus la part des très diplômés dans la population d’une zone est importante, plus les salaires sont élevés, à catégorie socioprofessionnelle donnée", concluent les auteurs de l'étude.

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Julien Marion