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Pourquoi les Français n'ont jamais autant mangé de glaces

Les ventes de crèmes glacées et sorbets ont battu des records en grandes surfaces en 2020. Un succès qui aiguise l'appétit des géants de l'alimentaire comme Ferrero qui veut imposer ses marques sur les segments glacés.

2020 aura été l'année de tous les records pour la grande consommation. Avec un chiffre d'affaires en hausse de 6,3% (à 117 milliards d'euros), les grandes surfaces n'avaient pas connu une telle progression depuis des décennies. Et si la plupart des rayons ont bénéficié de cette année particulière de confinement et de fermeture de restaurants, un produit a particulièrement profité de cette situation: les glaces.

Les ventes de bâtonnets, esquimaux, cônes et autres pots de glace ont bondi en France de 10,3% l'année dernière en grandes surfaces. Elles ont généré un chiffre d'affaires record de 1,26 milliard d'euros, selon NielsenIQ. En 2020, ce sont 440.000 Français supplémentaires qui ont acheté des glaces par rapport à l'année précédente.

Au plus fort de l'été, la demande a même explosé avec un bond de plus de 30% du chiffre d'affaires sur le mois d'août. A tel point que certaines marques se sont retrouvées en rupture.

"En 2020, 6,9 % du chiffre d’affaires a été manqué en raison de ruptures de stocks", assure Timothée Arar-Jeantet, secrétaire général de l’Association des entreprises des glaces (AEG) dans LSA.

Un succès qui a supris par son ampleur les professionnels du secteur mais qui n'a finalement rien de mystérieux.

"Les gens ont été sevrés de plaisir durant le confinement, il n'y avait plus de cinéma, plus de sorties, plus de repas entre amis, ils ont voulu se faire plaisir en famille et les glaces en ont profité tout comme les produits saisonniers comme le chocolat à Noël ou à Pâque par exemple", explique Loïc Lallier, directeur business développement chez Ferrero.

Produits très saisonniers, les glaces ont aussi profité d'une météo très favorable que ce soit l'été et même jusqu'à l'automne. Les ventes de glaces sont restées très élevées bien au-delà de la saison estivale avec un étonnant +27% au mois de novembre.

Dernier élément qui a profité au secteur: la fermeture des restaurants une bonne partie de l'année qui a profité aux ventes en grande distribution. D'ailleurs certains fabricants comme le leader du marché Unilever qui réalisé 31% des ventes avec ses marques Miko ou Magnum ont davantage souffert de la fermeture des lieux de restaurations (-50% des ventes) que de l'engouement en grandes surfaces.

Ferrero s'attaque à Unilever

Et c'est ce contexte favorable plus que l'offre qui a permis de battre des records. Car dans le même temps, les innovations étaient plus moins nombreuses que les années précédentes. 63 nouveaux produits sont venus garnir les congélateurs de la grande distribution contre respectivement 83 et 78 les années précédentes.

Le succès de l'année passée a aiguisé les appétits pour 2021. Unilever a lancé cette année des glaces en partenariat avec Disney pour s'attaquer au lucratif segment enfants. Le groupe va lancer une gamme de glaces en bâtonnets avec les licences phares de l'américain: Star Wars, La Reine des Neiges, Avengers et Spider-Man.

Si le groupe est si offensif c'est qu'il voit arriver un nouveau concurrent de poids: Ferrero. L'Italien qui était un partenaire d'Unilver pour la fabrication des glaces Kinder a décidé de se lancer en direct sur ce marché. Le fabricant de Nutella et Kinder a racheté une usine en Espagne près de Valence pour produire des sticks de glace sous les marques Ferrero Rocher et Raffaello.

Et lorsque l'Italien se lance sur un marché ce n'est pas pour faire de la figuration. Le groupe qui s'est attaqué au biscuit en 2016 a déjà croqué près de 14% du marché en rachetant notamment Delacre et grâce à ses gammes de biscuits au Nutella.

"Nous ne nous fixons pas d'objectifs de vente, nous faisons les choses petit à petit, explique Loïc Lallier. Mais lorsqu'on lance des produits c'est pour les 50 prochaines années! Ce n'est pas dans notre stratégie de lancer des choses et de les retirer rapidement."

Ferrero s'est lancé dans la glace car la période estivale était un temps creux de son activité. La plupart de ses produits stars ne sont pas vendus entre mai et septembre.

"L'été on retire les Ferrero Rocher et les Kinder Surprise de la vente pour que les clients ne soient pas déçus par leur expérience, explique Loïc Lallier. Nous préférons perdre des ventes plutôt que de proposer des produits qui ne sont pas satisfaisants. C'est pour que les consommateurs retrouvent ces produits que nous lançons ces glaces."

Le groupe commence de manière relativement modeste pour apprendre ce nouveau métier et notamment la logistique qui est la plus complexe de l'univers de la grande consommation.

"La logistique de la glace c'est très compliqué car il faut anticiper l'effet météo et dissiminer la marchandise au bon endroit, au bon moment, détaille Loïc Lallier. Or au même moment il peut faire beau à Paris et mauvais à Biarritz et inversement. C'est très coûteux et difficile à organiser."

Une fois qu'il aura appris à maîtriser toute la chaîne, Ferrero lancera probablement ses marques vedettes sur le créneau. Même s'il n'en commercialise pas directement, les glaces au Nutella sont les stars des glaciers depuis quelques années.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco