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Pourquoi la loi Travail ne fera pas baisser tout de suite le chômage

"Invité de BFMTV-RMC, l'économiste et chercheur au CNRS Elie Cohen est revenu sur le projet de loi El Khomri. Il a défendu le texte en expliquant que, même s'il créera à court terme du chômage, cela sera une bonne chose pour l'économie française. "

On aurait tendance à penser que le très polémique projet de loi El Khomri, contre lequel plus de 200.000 personnes ont manifesté mercredi, a une finalité simple: réduire le chômage le plus vite possible. C'est un peu plus compliqué que cela, comme l'explique l'économiste et chercheur au CNRS Elie Cohen, invité ce jeudi 10 mars de BFMTV-RMC.

"L'objet essentiel de cette réforme c'est de préparer les conditions durables pour une baisse du chômage en facilitant les conditions de fonctionnement du marché du travail, notamment pour les jeunes", explique-t-il.

Mais il ne faut pas attendre monts et merveilles de ce texte à court terme. "L'effet immédiat d'une libéralisation brutale ce sera d'augmenter le chômage et non pas de le baisser", indique l'économiste précisant que ce n'était pas exactement le cas de la loi El Khomri. 

Même dans ce cas de figure, ce texte du gouvernement ne fera pas baisser le chômage immédiatement. Pourquoi? Parce qu'à "l'heure actuelle les entreprises gardent plus de salariés qu'il n'est nécessaire pour le strict exercice de leur travail", détaille-t-il.

Éviter "le drame actuel"

Mais néanmoins, ce texte ne fera pas baisser le chômage immédiatement. Pourquoi? Parce qu'à "l'heure actuelle les entreprises gardent plus de salariés qu'il n'est nécessaire pour le strict exercice de leur travail", détaille-t-il.

Les chefs d'entreprise conservent en fait leurs employés pour "de très bonnes raisons". "Parce qu'ils espèrent que l'activité va s'améliorer. Et, ensuite, parce que les salariés ne sont pas des Kleenex, ce sont des gens compétents et formés et on ne veut pas s'en séparer car il est parfois difficile de retrouver ces compétences. On a ainsi intérêt à avoir des salariés formés".

Et Elie Cohen d'indiquer que "ce qu'on cherche à éviter (avec cette loi, ndlr) c'est le drame actuel qui consiste à dire pour un certain nombre de patrons 'non je ne recrute pas quelqu'un en CDI parce que l'univers est très imprévisible et je ne sais pas ce que me coûtera demain une séparation'".

"Le véritable objet des CDD c'est de faire face à des coups de commandes"

Le chercheur s'est également prononcé sur la surtaxation des CDD, une mesure à laquelle le gouvernement se dit désormais ouvert, et que les partenaires sociaux devront discuter dans le cadre de la négociation de la nouvelle convention assurance-chômage. 

Le dispositif a clairement son appui. "Il faut permettre au salarié d'avoir un avenir prévisible. Et pour cela il faut créer des incitations à l'embauche en CDI et il faut rendre plus difficiles les arbitrages entre CDI et CDD pour le chef d'entreprise pour éviter des situations où on développe à l'excès les CDD et où on précarise à l'excès les CDI".

"Le véritable objet des CDD c'est de faire face à des coups de commandes. Le CDD ne devrait pas être une modalité normale de gestion", a-t-il ajouté.

Elie Cohen a au passage assuré que ces mesures visaient à lutter contre la précarité des jeunes, premiers concernés par les CDD. "Le volume de jeunes recrutés en CDD, via les stages et l'intérim a augmenté de 50% au cours des dix dernières années. Si on ne veut pas que l'entrée sur le marché de l'emploi se fasse uniquement avec ces statuts précaires et que la période de galère des jeunes s'allonge dans le temps, il faut trouver des mécanismes incitatifs pour l'entrée sur le marché de l'emploi en CDI".

J.M.