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Pourquoi certains médecins du travail doutent de la vaccination en entreprise

La vaccination en entreprise peut-elle échouer ?

La vaccination en entreprise peut-elle échouer ? - Ernesto BENAVIDES © 2019 AFP

Entre la méfiance envers le vaccin d’AstraZeneca et la réticence de certains médecins du travail, inquiets pour la confidentialité des patients, la vaccination en entreprise va-t-elle prendre ?

La campagne de vaccination contre le Covid-19 débute ce jeudi 25 février mais elle fait déjà grincer les dents de certains professionnels de santé.

Nous n'y sommes pas favorables, tranche immédiatement Gérard Lucas, président du Conseil national professionnel de la médecine du travail. C'est un enjeu de santé publique, pas de la santé au travail".

Pourquoi une telle opposition? Après tout, les médecins du travail ont déjà l'habitude de vacciner contre la grippe, par exemple. Mais cette fois-ci, les conditions de l'injection du vaccin sont strictes puisqu'il ne s’adresse, pour le moment, qu'aux salariés de 50 à 64 ans atteints de comorbidités.

Pour les professionnels de la santé en entreprise, tout l'enjeu est donc que les patients volontaires (et répondant aux critères) ne soient pas identifiés comme tel par l’entreprise, au risque de subir des discriminations.

On risque une violation du secret médical", prévient Gérard Lucas.

Gestion de la salle d'attente

Même les situations banales doivent être anticipées. "Il ne faut donc pas remplir sa salle d'attente de salariés qui attendent le vaccin", prévient le docteur Anne-Michèle Chartier, présidente du syndicat CFE-CGC des médecins du travail, qui reste néanmoins favorable à la vaccination en entreprise.

"Et pour les entreprises qui ont un service médical dédié, ce sera vraiment délicat de maintenir l'anonymat", reconnaît-elle.

Concrètement, les salariés devront donc solliciter eux-mêmes la médecine du travail pour obtenir leur dose de vaccin. Et encore faut-il que ces derniers se montrent favorable au vaccin d'AstraZeneca, le seul autorisé dans ce cas, car ne nécessitant pas de matériel important.

Le vaccin britannique est désormais décrié, y compris par les soignants, pour ses effets secondaires parfois très marqués. Dès lors, cela peut-il freiner la campagne de vaccination en entreprises? Les professionnels de santé, comme le gouvernement, rappellent que ces effets sont bénins et minoritaires.

Il n'empêche, la mauvaise image d'AstraZeneca ne devrait pas faciliter la campagne. Le risque est de réitérer le flop du dépistage en entreprise. Annoncé début janvier, il n'a pourtant jamais vraiment pris. Entre le financement (à la charge de l'entreprise) et les difficultés de maintenir, là encore, l'anonymisation des résultats, le dépistage en entreprise a clairement été mis de côté. Même sanction pour les vaccins?

Thomas Leroy Journaliste BFM Business