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Pour Morgan Stanley, la théorie de Piketty "appartient au passé"

Ce n'est pas la première fois que les théories de Piketty sont critiquées

Ce n'est pas la première fois que les théories de Piketty sont critiquées - Eric Piermont - AFP

Dans une note révélée par plusieurs médias américains, les analystes de la banque américaine estiment que les thèses de l'économiste français ne sont plus d'actualité. Avec le ralentissement de la croissance de la main d'œuvre, les inégalités vont, selon eux, se réduire.

La théorie qui a permis à Thomas Piketty de devenir l'un des rares économistes français invités sur les plateaux des grandes chaînes de télévision américaine est-elle obsolète? C'est ce que semblent penser les économistes de la banque d'affaires Morgan Stanley.

Dans son ouvrage Le Capital au XXIe siècle, véritable best-seller outre Atlantique (au point d'être reçu par l'administration Obama), Thomas Piketty s'attache à démontrer que les théories libérales sur le partage des richesses ne tiennent plus la route. Dans son pavé de près de 1.000 pages, l'économiste explique que la croissance du capital progresse plus vite que la croissance économique à long terme. Avec pour conséquence directe, un accroissement des inégalités: ceux qui possèdent le capital, c'est-à-dire les rentiers, s'enrichissent au détriment des travailleurs, amenant ainsi les inégalités à s'accroître.

Sans nier la réalité de cette théorie, les analystes de Morgan Stanley affirment qu'elle n'est désormais plus d'actualité. Dans une note signée avec l'économiste de la London School of Economics Charles Goodhart, ils assurent ainsi que la thèse de Piketty "appartient au passé". Car selon eux, une inéluctable dynamique va inverser la tendance: l'évolution de la main d'œuvre.

Un gâteau qui ne grandit pas assez vite

Explications: au XXe et XXIe siècle, le nombre des actifs n'a cessé d'augmenter. La croissance de la main d'œuvre a donc été toujours été plus élevée que celle du capital. Or "si l'offre de travail relative au capital bondit; son prix (c'est-à-dire les salaires) chute. C'est exactement ce qui s'est passé depuis les 35 dernières années. Ainsi, si la main d'œuvre augmente, non seulement les salaires sont plus faible, mais en plus la productivité marginale du travail diminue. C'est ce qui s'est passé dans les économies développées", expliquent les auteurs de cette note révélée par plusieurs médias américains dont Business Insider.

En clair, le nombre de travailleurs augmente plus vite que le gâteau, ce qui fait que chaque morceau de gâteau à se partager devient de plus en plus petit.

Morgan Stanley observe ainsi que la part du revenu national qui va au travail ("Labour Income") n'a fait que diminuer dans les économies avancées, comme le montre le graphique ci-dessous.

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Sauf que cette tendance serait désormais sur le point de s'inverser, selon Morgan Stanley. La croissance de la population active au niveau mondial a, en effet, atteint son pic en 2005. Depuis, elle s'essouffle et devrait atteindre d'ici à 2030 sa plus faible hausse depuis 1960 (+30 millions), selon les prévisions de la banque.

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Leur conclusion est que la part de la richesse qui sera dévolue au travail et, donc, aux salaires va être en conséquence plus élevée. Et qu'en plus les inégalités vont se réduire.

"Le renversement de cette tendance démographique va également avoir des répercussions au niveau des inégalités. La hausse des salaires va se traduire par une plus grande partie de la production nationale qui ira au travail et ainsi, les inégalités diminueront au sein de l'économie", jugent-ils.

Pas la première critique

Ce n'est pas la première fois que les théories de Piketty sont égratignées, loin s'en faut. En mai 2014, le Financial Times avait pointé des erreurs de calcul dans l'ouvrage de l'économiste qui avait riposté en assurant que ses conclusions étaient robustes. Quelques mois plus tard, le Financial Times, en partenariat avec le cabinet McKinsey, consacrera Le Capital au XXIe siècle comme meilleur livre économique de l'année….

Plus récemment, un jeune étudiant de 26 ans du MIT , Matthew Rognlie, a sévèrement critiqué les travaux de Thomas Piketty, lui reprochant de commettre trois erreurs majeure. Il reproche notamment à l'économiste français de considérer "la terre" comme étant "du capital" et observe que la majeure partie de l'enrichissement constaté par Piketty se fait sur cette "terre". En d'autres termes, ce sont les "propriétaires terriens" et non les investisseurs qui aspirent l'essentiel de la richesse. Et sont donc la conséquence de l'accroissement des inégalités.