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Plus de billets à 10 euros, quotas de vol par voyageur... Le transport aérien pourra-t-il redécoller?

L'A350 d'Air France

L'A350 d'Air France - AIr France

Frappé par la pire crise de son histoire, le transport aérien pourrait se voir imposer de nombreuses contraintes réglementaires pour freiner son expansion et son impact sur le climat. Pourra-t-il se relever?

Le transport aérien va-t-il redécoller un jour? A cause du Covid, le secteur vit la pire crise de son histoire. Sur le seul mois d'avril, le trafic s'est effondré de 94% dans le monde. Et selon l’IATA, l’association internationale du transport aérien, le secteur ne retrouvera pas les niveaux d’avant crise avant trois ans au mieux et plus probablement cinq ans.

L’association estime que 25 millions d’emplois directs et indirects sont menacés dans le monde. Rien qu’en France le secteur emploie 160.000 personnes. Et entre Air France, Airbus et les centaines de sous-traitants ce sont des dizaines de milliers d’emplois qui sont menacés.

Et à ces difficultés s’ajoutent les enjeux climatique. Le transport aérien qui pèse pour 2 à 3% des émissions de CO2 de la planète est dans le collimateur des autorités politiques. Notamment en France où le gouvernement d’un côté multiplie les aides pour le secteur et de l’autre veut introduire de nouvelles règles pour en limiter l’expansion.

Ce mercredi sur BFMTV le secrétaire d’Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari a ainsi fait savoir qu’il ne souhaitait plus voir de billets bradés à moins de 10 euros. Bruno Le Maire de son côté plaide pour la suppression des lignes pour lesquelles une alternative en TGV de moins de 2h30 existe. Les Paris-Lyon ou Paris-Bordeaux pourraient ainsi être concernés.

Mettre fin à la démocratisation de l'aérien?

Dernier coup de boutoir en date : la proposition de loi de Delphine Batho et François Ruffin qui souhaitent créer des quotas de voyage par personne. Si sur une année, vous avez atteint votre quota de kilomètres parcourus en avion, vous ne pourriez plus voler.

Une multiplication de projets régclementaires qui inquiète le secteur. Le transport aérien a bâti son modèle économique sur la croissance et la démocratisation du secteur : des billets de moins en moins chers et de plus en plus de passagers transportés. Entre 2004 et 2019, le nombre de passagers prenant l'avion a plus que doublé passant de 2 milliards à plus de 4,5 milliards. "Les acteurs politiques qui veulent y mettre un terme sont un peu schizophrènes, estime Paul Chiambaretto, professeur à la Montpellier Business School et spécialiste du secteur. Comment peut-on d'un côté vouloir limiter le transport et de l'autre s'émouvoir lorsque le secteur licencie? La question est de savoir si on veut encore démocratiser le transport aérien ou si on veut écarter les plus modestes."

Plutôt que de décroissance, le secteur parie lui sur le progrès technologique pour réduire son empreinte. D'ailleurs en 15 ans les émissions de CO2 ont diminué de 25% par passager. Grâce aux nouveaux appareils moins gourmands en kérosène mais aussi en mettant en place de nouvelles pratiques pour consommer moins. Comme l'éco-roulage par exemple qui consiste à n'utiliser qu'un seul réacteur lorsque l'avion roule sur le tarmac de l'aéroport. Ou encore en optimisant les trajectoires et en diminuant le poids des avions. Selon un rapport RSE d'Air France, diminuer d'un kg le poids d'un avion permet de rejetter 69 tonnes de CO2 en moins dans l'atmosphère.

Le secteur parie aussi sur le développement des biocarburants qui émettent jusqu'à 50% de CO2 de moins que le kérosène. Ces carburants qui ne représentent aujourd'hui que 0,1% du total utilisé par l'aviation devraient monter à 2% en 2025 et 5% en 2030. C'est en tout cas la feuille de route fixée par le gouvernement en janvier dernier. Avant peut-être que le secteur se convertissent à l'électrique, au moins sur le court-courriers. Le gouvernement a ainsi prévu une enveloppe de 1,5 milliard d'euros dans son grand plan aéronautique pour développer l'avion propre. Un projet de long terme cependant, les premiers avions de ligne électrique ne devraient pas avoir d'exploitation commerciale avant 2030 au mieux.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco