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Pierre Cahuc: "il faut dépolitiser les débats économiques"

Pierre Cahuc était l'invité de BFM Business ce mardi 7 septembre

Pierre Cahuc était l'invité de BFM Business ce mardi 7 septembre - BFM Business

Invité de BFM Business ce mardi 7 septembre, l'économiste Pierre Cahuc a appelé à "en finir avec le négationnisme économique", qui réfute les consensus établis en économie. Il estime que les débats en France "sont pollués par une culture de l'intellectuel sartrien anticapitaliste".

C'est un ouvrage qui ne manquera pas de faire grincer quelques dents. Avec son collègue du CNRS André Zylberberg, l'économiste Pierre Cahuc publie "Le négationnisme économique", véritable pamphlet conte la prise en otage de la théorie économique par les idéologies.

Invité de BFM Business ce mardi 7 septembre, il précise d'emblée ce qu'il entend par négationnisme. "Cela caractérise une stratégie qui est un déni de réalité", affirme-t-il, citant l'industrie du tabac qui, dans les années 50 aux États-Unis, dénonçait les travaux démontrant que la cigarette était mauvaise pour la santé.

Appliqué à l'économie, cela revient ainsi à remettre perpétuellement en doute des théories sur lequel il y a pourtant un consensus fort. "En économie pour prouver des choses, on s'appuie sur des données et c'est ce qui fait avancer la connaissance. C'est ce que nient une grande partie des intellectuels, idéologues et grands patrons qui disent que la production en économie est à la fois de la pure idéologie et une question d'opinion", regrette-t-il.

35 heures et salaire minimum

Qu'est-ce qui explique ce "négationnisme"? "En France il y a la culture de l'intellectuel sartrien anticapitaliste qui pense qu'il est nécessaire de critiquer l'idéologie dominante, ce qui pollue le débat", répond Pierre Cahuc. "On le voit bien, dès qu'il y a un débat sur un sujet il faut qu'il y ait quelqu'un de gauche et quelqu'un de droite. Il faut dépolitiser les débats économiques", ajoute-t-il.

Pierre Cahuc donne quelques exemples où la recherche a permis d'arriver à un consensus. Le premier concerne le salaire minimum en France. "Aujourd'hui tous les travaux empiriques sur le sujet montrent qu'augmenter le coût du travail au niveau des bas salaires a des effets négatifs sur l'emploi. On peut même le quantifier: quand on augmente le salaire minimum de 1%, cela fait baisser l'emploi d'à peu près 1% pour la catégorie concerné", détaille-t-il.

Les 35 heures n'ont pas créé d'emplois

Autre débat: l'effet des 35 heures sur l'emploi. Pierre Cahuc explique que toutes les études "montrent que jamais une baisse de la durée légale du temps de travail ne s'est traduite par des créations d'emplois". Certains économistes réfutent cette conclusion à l'instar d'Éric Heyer, le directeur du département Analyse et Prévision de l'OFCE. Dans une tribune publiée dans Le Monde du 6 septembre, ce dernier accuse d'ailleurs Pierre Cahuc de "déni et dénigrement". Sur la base de simulations de l'OFCE, Éric Heyer affirme lui que les 35 heures ont permis de créer autour de 350.000 emplois.

Pour Pierre Cahuc, cette estimation est trompeuse: "Éric Heyer joue sur les mots. Il ne parle pas de la réduction du temps de travail mais des lois Aubry qui contenaient aussi des baisses de charges qui coûtent aujourd'hui 10 milliards d'euros". L'économiste qui enseigne à Polytechnique estime ainsi que les créations de poste évoquées ont été uniquement le fait de ces baisses de charges.

J.M.