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Pétrole (-8%), charbon (-7%): la demande énergétique mondiale va chuter en 2020

La crise sanitaire a provoqué une récession économique mondiale qui a fait chuter la demande de pétrole de 8% en 2020.

La crise sanitaire a provoqué une récession économique mondiale qui a fait chuter la demande de pétrole de 8% en 2020. - CHANDAN KHANNA © 2019 AFP

La crise sanitaire fera chuter cette année les émissions de CO2 dues au secteur énergétique de 7% grâce aux reculs du pétrole (-8%) et du charbon (-7%) tandis que les renouvelables continuent leur essor, selon l'AIE (agence internationale de l'énergie).

C'est peu de dire que la pandémie a aussi bouleversé la demande dans le secteur énergétique. Selon le rapport 2020 de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) la demande énergétique mondiale doit chuter de 5% cette année, les émissions de CO2 liées au secteur énergétique de 7% et les investissements dans le secteur de 18%.

Le pétrole (-8%) et le charbon (-7%) vont reculer contrastant fortement avec une légère hausse (0,9%) de la contribution des énergies renouvelables à la demande mondiale (cf infographie ci-dessous). La réduction de la demande de gaz naturel est estlmée à environ 3%, tandis que la demande mondiale d'électricité devrait connaître une baisse de 2%, jugée "relativement modeste pour l'année".

Les émissions annuelles de CO2 à leur niveau d'il y a 10 ans

En matière d'émission de CO2, la baisse attendue de 2,4 gigatonnes (Gt) ramène les émissions annuelles de CO2 à leur niveau d'il y a dix ans.

"Cependant, les premiers constats montrent qu'il n'y a peut-être pas eu de baisse similaire en 2020 des émissions de méthane - un puissant gaz à effet de serre - du secteur de l'énergie, malgré une baisse de la production de pétrole et de gaz" constate le rapport de l'AIE.

La demande de pétrole va chuter de 8% en 2020
La demande de pétrole va chuter de 8% en 2020 © Agence internationale de l'énergie

Cependant, l'agence ne se satisfait pas de la situation actuelle. "Malgré une baisse record des émissions mondiales cette année, le monde est loin d'en faire assez pour les faire baisser de façon décisive" explique son rapport.

La crise économique a temporairement supprimé les émissions

"Le ralentissement économique a temporairement supprimé les émissions, mais une faible croissance économique n’est pas une stratégie à faibles émissions - c’est une stratégie qui ne servirait qu’à appauvrir davantage les populations les plus vulnérables du monde" ajoute l'AIE.

"Une part importante des efforts visant à mettre le monde sur une voie durable devrait se concentrer sur la réduction des émissions des infrastructures énergétiques existantes, telles que les centrales au charbon, les aciéries et les usines de ciment. Sinon, les objectifs climatiques internationaux resteront hors de portée, quelles que soient les actions menées dans d'autres domaines" insiste l'AIE.

Comme chaque année, l'AIE élabore par ailleurs différents scénarios pour le futur dans son rapport de plus de 450 pages. L'agence a décidé de créer un nouveau scénario: le "zéro émission nette" d'ici 2050 (dit NZE2050), qui va plus loin que son scénario dit de "développement durable".

La neutralité carbone en 2050 implique des actions radicales d'ici 2030

Mais ce scénario de neutralité carbone au milieu du siècle actuel suppose une série d'actions radicales des gouvernements au cours des dix prochaines années. Pour déjà réduire les émissions de 40% en 2030, il faudrait par exemple que les sources de production d'électricité faiblement émettrices atteignent près de 75% de la production (contre moins de 40% en 2019) et que plus de 50% des voitures vendues dans le monde soient électriques (contre 2,5%).

"L'électrification, les gains d'efficacité énergétique massifs et les changements de comportements ont tous des rôles à jouer, ainsi qu'une accélération de l'innovation concernant un large choix de technologies comme les électrolyseurs pour produire de l'hydrogène ou les petits réacteurs (nucléaires) modulaires", prévient l'AIE.

Ces efforts sans précédent concernent tout le monde, insiste l'Agence: les gouvernements, les entreprises, le secteur financier mais aussi les citoyens, qui doivent faire des choix décisifs sur leurs façons de se chauffer ou encore de voyager.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco