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Permis de séjour: la preuve que la France n'est pas la plus généreuse

Les réfugiés sont inclus dans ces statistiques

Les réfugiés sont inclus dans ces statistiques - Florian David - AFP

En 2014, l'Hexagone a délivré 218.000 permis de résidence, selon Eurostat. Rapporté au nombre d'habitants, elle se situe nettement en dessous de la moyenne européenne et très loin derrière la Suède, la Pologne ou le Royaume-Uni.

La question des réfugiés continue d'agiter l'agenda européen. Ce mercredi 21 octobre, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne a appelé les dirigeants européens à se réunir dimanche pour évoquer la situation des migrants.

Dans ce contexte, la politique migratoire reste clairement sur le devant de la scène. Et des chiffres publiés mardi par l'office statistiques de la Commission européenne viennent tordre le cou à un certain nombre clichés qui voudraient que la France accueille à bras ouvert quiconque demande à vivre sur son territoire.

Ainsi le nombre de permis de séjour (voir définition en encadré) accordés par les autorités françaises en 2014 s'est élevé 218.267. Ce chiffre, qui ne concerne évidemment que les ressortissants de pays n'appartenant pas à l'UE séjournant légalement en France, ne place pas la France parmi les pays les plus ouverts à l'immigration de l'Union Européenne. Loin s'en faut. L'Allemagne (237.000 permis accordés) mais surtout la Pologne (355.000) et le Royaume-Uni (567.000), qui font tous les deux face à d'importants afflux de mains d'œuvre étrangère se sont montrés bien plus accueillants en 2014.

La très ouverte Pologne

L'image de générosité qui colle toujours à la France est un peu plus mise à mal si l'on regarde le nombre de permis de résidence accordés rapporté au nombre d'habitants. Ce taux, qui permet des comparaisons plus justes, est de 3,3 pour 1.000 en France, soit nettement moins que la moyenne européenne (4,5). En fait, une quinzaine de pays se sont montrés plus accueillants (ou ont fait l'objet de plus de demandes) que la France. Parmi eux, le Danemark (6,4 pour 1.000) la Finlande (3,9), la Suède (11,1), la Pologne (9,4) et le Royaume-Uni (8,8). La palme revenant à Chypre (16,2) et Malte (23,2). Mais l'on peut penser que le faible nombre d'habitants de ces pays et leur situation géographique aux marges des frontières européennes biaisent la comparaison.

Par ailleurs, il est faux de croire que les étrangers non-européens qui demandent et obtiennent un titre de séjour en France y viennent surtout pour trouver un emploi. Car sur les quelques 218.000 titres de séjour accordés par l'Hexagone, seul 8,8% ont été donnés pour des raisons liées à l'emploi. Ce taux est l'un des plus faibles de toute l'union européenne.

A titre de comparaison, il dépasse les 12% en Allemagne, ou 20% en Espagne ou au Royaume-Uni. En Pologne, il atteint même 58%. Varsovie a, en effet, mis au point une politique migratoire pour faciliter l'arrivée de la main d'œuvre alors que de nombreux citoyens polonais ont, eux-mêmes, depuis des années, émigrés pour bénéficier de salaires plus confortables en Allemagne ou au Royaume-Uni. 

"Depuis 2006, une procédure simplifiée ne nécessitant pas la délivrance d’un permis de travail a entraîné une hausse des entrées de main-d’œuvre étrangère. Les citoyens du Biélorussie, de Géorgie, de Moldavie, de la Fédération de Russie et d’Ukraine ont désormais seulement besoin d’une déclaration d’un employeur polonais pour travailler pendant une période pouvant aller jusqu’à six mois au cours d’une même année", explique l'OCDE dans un document .

Les Ukrainiens premiers bénéficiaires

Pour revenir à la France, la principale cause motivant la délivrance d'un permis de séjour restent les raisons familiales (42%) comme dans une grande majorité des pays européens. Les étudiants qui demandent à poursuivre ou entamer leur cursus universitaires dans l'Hexagone représentent le deuxième contingent de détenteurs de titres de séjour en 2014 (30% du total).

Par ailleurs Eurostat, donne le top 3 des bénéficiaires de permis de séjour. En France, le premier pays est le Maroc (11,8% des permis) devant l'Algérie (11,6%) et en troisième position, la Chine (7,1%). Au niveau européen, la donne est très différente. L'Ukraine arrive en tête avec 302.000 permis délivrés, parmi lesquels 247.000 personnes par les autorités polonaises. Explication: Kiev et Varsovie ont signé des accords pour faciliter les échanges de travailleurs sur leur sol et le conflit à l'Est de leur pays a conduit de nombreux Ukrainiens à fuir leur pays.

Plus surprenant, les Etats-Unis figurent au deuxième rang avec 199.000 titres de séjour. Mais là encore cela est essentiellement dû à un pays: le Royaume-Uni, qui a accordé 136.000 permis à des ressortissants américains. Les deux pays ont pour avantage d'avoir la même langue et une culture relativement proche. Le podium est complété par la Chine qui elle, figure dans le top 3 de nombreux pays européens.

Qu'appelle-t-on permis de séjour?

Eurostat retient dans sa définition du permis de séjour toute autorisation d'un Etat membre qui permet à une personne étrangère à l'Union européenne de séjourner pendant au moins trois mois sur son territoire. Les personnes bénéficiant de visas de travail et les réfugiés sont inclus dans ses statistiques. Les demandeurs d'asile qui par définition sont dans l'attente d'un permis de séjour au titre de réfugiés ne sont pas inclus.