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Deutsche Bank: bouc émissaire ou maillon faible?

Face à la défiance autour de son groupe, John Cryan, PDG de Deutsche Bank, a dû envoyer un message clair aux marchés mardi: son groupe est "solide comme un roc" a-t-il dit.

Face à la défiance autour de son groupe, John Cryan, PDG de Deutsche Bank, a dû envoyer un message clair aux marchés mardi: son groupe est "solide comme un roc" a-t-il dit. - Daniel Roland - AFP

C’est la cible numéro 1 dans le secteur bancaire européen depuis le début de l’année. La Deutsche Bank perd 41% depuis le 1er janvier, sur fond de craintes persistantes sur sa solidité financière. Au point que le PDG et la classe politique allemande ont été obligés de réagir hier.

Un pilonnage massif. Depuis quelques semaines la Deutsche Bank est l’objet d’une véritable vague de spéculations concernant son état de santé financier. Certes la banque, tout comme la Commerzbank il y a quelques mois, apparaît comme une des plus fragiles des pays du "Cœur Europe", au sein d'un secteur torpillé par la bourse de manière générale.

Malgré tout, est-ce que le marché n’y va pas un peu fort, en sanctionnant le titre d’une baisse de 41% depuis le début de l’année, plus de 50% depuis 6 mois, et 30% rien que sur la dernière semaine de bourse?

"Solide comme un roc"

Devant cette véritable mise au défi, le PDG du groupe, John Cryan, a été obligé de réagir mardi, en envoyant un mémo à destination de ses employés et des investisseurs. "La Banque est solide comme un roc", y écrit-il, ajoutant que le groupe avait "largement de quoi remplir ses obligations". Même le ministre des finances Wolfgang Schaüble s’est fendu d’une déclaration exprimant toute sa confiance sur la solidité de Deutsche Bank.

Car c’est la capacité de la banque à rembourser ses dettes qui inquiète, en plus d’une structure financière dont la solidité est sous pression. Et les deux sont finalement directement liés.

Dette hybride: une problématique complexe

Pourquoi? Parce qu’une grande partie des obligations de la Deutsche Bank sont libellés en produits de dette hybride ou convertible, notamment ce qu’on appelle des "Contingent Bonds" ou "Coco".

Ces produits ont été imaginés juste avant la mise en place des nouvelles normes comptables du comité de Bâle, après la crise de 2008, toujours plus exigeantes en matière de solidité financière, pour éviter une catastrophe du type Lehman Brothers.

Dette et fonds propres à la fois

Les banques ont été contraintes de lever des dizaines de milliards de dollars sur les marchés pour consolider leurs fonds propres, de nature à se doter des coussins de sécurité les plus énormes et les plus efficaces pour empêcher qu’un maillon de la chaîne bancaire ne lâche.

C’est alors que les banquiers ont inventé ces produits de dette hybride: ce sont des obligations, mais qui sont convertibles et comptabilisées dans le bilan des banques comme des fonds propres supplémentaires, au cas où.

Double difficulté

Mais justement, l’arme est à double tranchant: quand la banque est en difficulté, comme la Deutsche Bank en ce moment, avec une forte baisse de la capitalisation boursière et un vrai test de la confiance des marchés, on se retrouve face à une crainte de voir la banque ne pas pouvoir rembourser ses dettes. 

Et voir aussi sa structure financière affaiblie considérablement! Car si la confiance vis-à-vis des obligations hybrides disparaît, c’est autant de fonds propres en moins pour la banque, qui se retrouve donc face à une double difficulté.

Rachats en vue?

Selon l’agence Bloomberg, la Deutsche Bank veut donc donner toutes les assurances possibles, ses réserves de cash lui permettent sans problèmes de faire face au remboursement de sa dette, dont 1 milliard d’euros tombe à échéance cette année.

De plus, la banque réfléchit même à un rachat anticipé d’un certain nombre de ses obligations, pour résoudre ce double-problème à la racine, et donner toutes les assurances de solidité financière.

Tests à venir

À court terme l’effet est positif, le titre ayant repris quasiment 8% à l’ouverture de la séance ce matin.

Mais à coup sûr, c’est l’ensemble de ces points de faiblesse que les marchés vont tester dans les semaines à venir, l’évolution du secteur bancaire étant en bourse un reflet parlant des incertitudes en matière de conjoncture.

Antoine Larigaudrie