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Les TPE ne sentent pas vraiment le vent de la reprise 

L’entreprise France va moins bien qu’il y a six mois.

L’entreprise France va moins bien qu’il y a six mois. - Clker - Pixabay

Selon le dernier Baromètre Pouey International, le moral des dirigeants des sociétés de moins de 50 salariés ne s'améliore pas. Contrairement à ce qu'on observe dans les entreprises de plus grande taille.

C’est un véritable signal d’alerte qu’envoie le dernier baromètre publié deux fois par an par le groupe Pouey international, spécialisé dans la gestion du risque client, l’information commerciale, et le recouvrement des créances publie en collaboration avec l’Observatoire BFM business.

Rappelons d’abord qu’il s’agit du baromètre le plus complet et le plus “frais” pour mesurer l’état de santé de "l’entreprise France": quasiment toutes les entreprises françaises sont prises en compte, et les résultats publiées mi-mai intègrent des données relatives au mois d’avril.

Treize secteurs passés au crible

Treize secteurs sont systématiquement passés au crible, selon quatre critères: les deux premiers constituent un état des lieux de la vitalité démographique de chaque secteur sur la période écoulée, à travers les statistiques de créations et de défaillances d’entreprises. Les deux autres ont pour ambition d’évaluer la santé future de chaque secteur à partir des dynamiques et des contraintes qui leur sont propres, mais aussi à partir des tendances macroéconomiques globales et des répercussions qu’elles peuvent avoir sur lui. Au final, chaque secteur obtient une note sur 20 qui synthétise sa performance.

Alors comment va "l’entreprise France" en ce printemps 2017? Elle va, de manière surprenante, moins bien qu’il y a six mois, puisqu’elle obtient globalement une note de 9,8/20, contre 10,7 à l’automne 2016. Six secteurs sur treize atteignent ou dépassent la moyenne, alors qu’ils étaient neuf à l’automne 2016.

Une dégradation qui peut paraître surprenante au moment où de plus en plus de clignotants sont en train de passer au vert sur le tableau de bord de l’économie française. Justement, l’explication ne vient pas des tendances macro-économiques: la partie de notre baromètre relative à l’environnement global confirme la consolidation de la reprise.

Creusement inquiétant

Mais il faut bien comprendre une chose: dans notre baromètre, chaque entreprise pèse le même poids: la TPE de deux ou trois salariés est prise en compte au même titre qu’une multinationale du CAC 40. Et ce que montre notre baromètre, c’est le creusement inquiétant de l’écart entre des très petites sociétés, dont la fragilité augmente et le reste des entreprises (PME de plus de 50 salariés, ETI, multinationales…) qui elles profitent du réchauffement du climat des affaires, et ont un poids relatif plus élevé dans le PIB.

Ainsi il est frappant de constater que les secteurs dans lesquels la situation se dégrade sont ceux qui comptent le plus de petites structures: commerce de détail, agriculture et pêche, transport, construction. En revanche, les secteurs dans lesquels les entreprises sont de plus grande taille (finance, assurance, énergie, services aux entreprises…) vont plutôt mieux.

Comment ce grand écart s’explique-t-il? Par une démographie des entreprises moins dynamique (avec un ralentissement des créations notamment), par l’épuisement des bienfaits de la baisse des prix de l’énergie et des matières premières (qui avait profité à toutes les entreprises quelle que soit leur taille), par l’attentisme qui marque les périodes électorales, et qui se traduit par un report des commandes et des décisions d’investissement, par des pressions toujours fortes sur les prix de ventes, par des difficultés de trésorerie (face auxquelles les banques restent très frileuses, alors qu’elles sont plus allantes sur les prêts à l’investissement).

Surtout, les TPE font les frais d’une politique économique dont la priorité absolue est la compétitivité face à la concurrence internationale plus que la solidité sur le marché intérieur, une politique qui n’a guère progressé sur leurs problèmes quotidiens: du RSI à la complexité administrative, en passant par le travail détaché ou les impôts à la production. Les attentes sont donc plus grandes que jamais à l’égard du nouveau président de la République et de son gouvernement.

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Emmanuel Lechypre