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Les prévisions économiques pour 2016 en 5 questions

Une fabrique de drapeau (image d'illustration)

Une fabrique de drapeau (image d'illustration) - Martin Bureau - AFP

Après un millésime 2015 en demi-teinte, la France n'entame pas forcément l'année avec un optimisme débordant. La croissance n'est pas partie pour s'offrir un rebond majeur. Mais le chômage pourrait néanmoins un tout petit peu diminuer.

L'économie française aura en 2015 retrouvé quelques forces. Selon une prévision de l'Insee datant de la mi-décembre, l'année se serait terminé sur une croissance de 1,1%.

Un chiffre qui, s'il se confirme, sera certes modeste mais signera une performance que le pays n'avait pas connu depuis 2011 (la croissance atteignait alors 2,1%). Voilà pour 2015. A quoi faut-il s'attendre pour cette année qui débute à peine. Premiers éléments de réponse en cinq questions

1/ La croissance va-t-elle accélérer?

Après une prévision très modeste de 1% en 2015 (et qui devrait donc être dépassée), l'exécutif table sur 1,5% pour cette année. Un chiffre prudent? Pas tant que cela en fait. Philippe Gudin, chef économiste Europe chez Barclays considère que la croissance de cette année devrait se situer autour de cette estimation voir un peu moins.

"On a tendance à l'oublier mais la croissance moyenne de 2016 dépend aussi du niveau de 2015. Et dans le calcul, le quatrième trimestre de 2015 est très important pour 2016. Or celui-ci a constitué un trou d'air", fait-il valoir. Le chiffre de la croissance pour les trois derniers mois pour 2015 n'est pas encore connu. Mais l'Insee a, à la mi-décembre, divisé par deux sa prévision, passant de 0,4 à 0,2%. "La consommation d'énergie des ménages a été plus faible en raison d'une bonne météo. Et les attentats du 13 novembre ont pesé sur certains secteurs", rappelle Philippe Gudin. Et il estime que ces contrecoups ne seront pas rattrapés début 2016.

L'économiste de Natixis Véronique Janod est sur un constat similaire pour la croissance:"nous sommes modérément optimistes. Actuellement, nous prévoyons qu'elle atteigne 1,2% en 2016, après 1% en 2015".

Le problème est aussi que la croissance française est très dépendante de la consommation des ménages. Or "en 2016, l'inflation devrait remonter légèrement, entre 0,6 et 0,8% contre 0% cette année. Même si cette augmentation demeure de faible ampleur, elle risque de venir peser sur le pouvoir d'achat des ménages", considère Véronique Janod. "Compte tenu du fort niveau de chômage, il y a peu de chance qu’une nette accélération de la consommation vienne doper la croissance, d'autant que les ménages sont jusqu’ici prudents, augmentant leur épargne au troisième trimestre", conclut-elle.

2/ L'investissement des entreprises est-il enfin prêt à décoller? 

"C'est la grande question, au fur et à mesure des révisions de l'Insee on constate que le fort rebond annoncé pour 2015 n'a, jusqu’ici, pas eu lieu", rappelle Véronique Janod. Mais que peut-il en être pour 2016?

Dans sa note de conjoncture publiée le 17 décembre dernier, l'Insee semblait plutôt optimiste, tablant sur une hausse de 0,9% au premier trimestre de cette année, puis 0,8%. Sauf que rien n'est franchement acquis. "C'est la composante du PIB que l'on a le plus de mal à percevoir et celle sur laquelle il y a des incertitudes aussi bien à la hausse qu'à la baisse", affirme Philippe Gudin.

"Les entreprises françaises sont encore fortement endettées et se sont très peu désendettées depuis la crise, il est donc possible que la hausse de leur taux de marge serve au désendettement. Elles continueront d'investir pour renouveler leurs équipements mais il est peu probable qu'elles accroissent réellement leurs capacités de production", analyse-t-il.

Véronique Janod ne dit pas l'inverse: "il n'y a pas de facteur permettant d'être très optimiste pour 2016. Il y a sans doute un problème de confiance de la part des entreprises. Au final, la dynamique devrait demeurer positive mais rien jusqu’ici ne permet d’envisager de changement important".

3/ Le chômage baissera-t-il enfin?

La réponse est: oui, mais pas énormément. L'Unédic, l'organisme qui gère l'assurance-chômage, table sur un taux à 9,7% à fin 2016, contre 10,2% au dernier pointage de l'Insee (pour le troisième trimestre 2015). Philippe Gudin note que "l'emploi est reparti, l'Insee tablant sur la création de 73.000 postes sur les six premiers mois de 2016". Sauf que "cela ne suffira pas pour faire baisser le chômage en raison de l'évolution de la population active".

Contrairement à la plupart de ses voisins, à commencer par l'Allemagne, la France voit davantage de personnes arriver sur le marché du travail (étudiants débutant dans la vie active) qu'en sortir (retraités). La France doit ainsi créer environ 150.000 postes par an, simplement pour éliminer l'effet de sa démographie. Ce qui fait que le chômage ne devrait donc que baisser un tout petit peu.

"Il y a sans doute un certain attentisme de la part des entreprises. Néanmoins nous prévoyons en moyenne une légère baisse du chômage favorisée par la montée en charge des réformes abaissant le coût du travail, la faiblesse de l’euro et des taux d’intérêt, et une croissance légèrement supérieure à celle de 2015. Mais cette baisse ne devrait pas être très importante en 2016", confirme Véronique Janod.

4/ La compétitivité se redressera-t-elle encore?

En 2015, l'inexorable déclin de la compétitivité française a marqué une pause. Au contraire, l'Hexagone a gagné une place dans le classement établi par le forum économique mondial, pointant certes à un rang pas franchement folichon (22e). L'écart sur le coût du travail s'est réduit, surtout avec une Allemagne qui a, elle, vu ses salaires remonter.

Cette tendance est surtout due à l'effet des mesures prises par le gouvernement tels que le Crédit d'impôt compétitivité pour l'emploi (CICE) et le pacte de responsabilité. Elle devrait se poursuivre légèrement en 2016 car "ces deux dispositifs vont encore monter en charge et la modération salariale va se poursuivre", indique Philippe Gudin.

"On a le sentiment que la compétitivité de la France a cessé de se détériorer ce qui ne veut pas encore dire qu'on est complètement sur le bon chemin. La compétitivité ne se limite pas au coût du travail, et en France il y a encore de nombreux obstacles administratifs et freins. Il faudrait ainsi des réformes mais cela est peu probable pour 2016, une année pré-électorale", nuance-t-il néanmoins. 

5/ Les marchés financiers seront-ils encore porteurs?

En 2015, la France a encore bénéficié de taux très bas pour se financer sur les marchés. Ce qui a aidé le gouvernement, mais aussi les entreprises et les ménages, puisque les crédits aux entreprises et aux particuliers dépendent énormément du niveau de la dette française. L'Hexagone peut-elle encore bénéficier de ces vents porteurs sur le marché?

"Il n'y pas de doute que l'environnement de taux favorable va se poursuivre. La Banque centrale européenne a clairement fait savoir qu'elle en ferait plus si nécessaire, ce qui a de grande chances d'arriver. Elle devrait donc mener une politique encore plus accommodante", répond Philippe Gudin.

Les taux resteront donc bas et ce malgré la normalisation de la politique de la Fed, qui sera très progressive. Le gouvernement a bâti son budget 2016 sur une hypothèse prudente: les taux à 10 ans remonteraient à 2,4% fin 2016. Au 30 décembre, ils étaient à 0,99%.