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Les masques distribués aux enseignants (et à Macron) sont-ils vraiment toxiques?

Emmanuel Macron, le 8 septembre dernier

Emmanuel Macron, le 8 septembre dernier - JEFF PACHOUD / POOL / AFP

En France, en Belgique ou aux Etats-Unis, la présence de particules d'argent dans certains masques lavables a créé la polémique. Et notamment ceux de la marque DIM qui équipent les enseignants de l'Education nationale et même Emmanuel Macron.

Nouveau scandale sanitaire en vue pour les masques anti-covid ? Mardi, une enquête du média écologiste Reporterre pointait du doigt la marque DIM et ses masques lavables, distribués à la rentrée aux enseignants. Comme signalé sur les emballages, les fameux masques ne sont ni des masques chirurgicaux, ni des masques FFP2 mais ils ont une spécificité bien particulière : ils ont été traités au zéolite d'argent et de cuivre.

En clair, un antimicrobien a été appliqué sur le tissu du masque, composé d'ions d'argent. Par un processus chimique, les ions en question détruisent les bactéries et s'avèrent donc particulièrement utiles contre le coronavirus, même après plusieurs lavages.

Dans un communiqué, DIM "confirme que ses masques sont sûrs et efficaces en termes de filtration et de perméabilité à l’air, conformément aux instructions et recommandations sur les masques barrières des autorités françaises et européennes." Mais aussi qu'ils ont "reçu un traitement pour textiles qui contient du zéolite d’argent et de cuivre afin d’optimiser leurs conditions d’utilisation, et dont l’usage est autorisé par la règlementation européenne."

Pourtant, même Emmanuel Macron semblait s'en plaindre. "On tient les distances, mais je pense que je vais m’étrangler avec ça" s'était plaint le chef d'Etat, prix d'une quinte de toux, le 8 septembre dernier. "J’ai dû absorber un truc du masque." Un signe de plus de la toxicité de ces masques?

Une chose est sûre, la question de la présence de ces zeolites (des cristaux qui permettent les échanges ioniques) d'argent reste controversée. Citée par Reporterre, une étude, ou plutôt une thèse soutenue en 2011, évoquait les risques des ions d'argent dans l'organisme. En l'occurrence, celui d'une "bioaccumulation" dans certains organes comme "le foie, les reins, l’intestin, les glandes surrénales et, dans de rares cas, la moelle épinière".

Pour autant, le texte souligne que ce risque existe lorsque l'argent ionique est "appliqué sur une lésion corporelle sous forme de crème ou de pansements".

Et de souligner au début du paragraphe: "la plupart des études montre que l’argent ionique n’induit pas de conséquences négatives pour l’être humain, aux concentrations requises pour obtenir une activité antimicrobienne".

En 2017, un rapport de l'Agence européenne des produits chimiques a aussi statué sur ce sujet, évoquant des "risques sur le fœtus". Là encore, la conclusion est un peu plus subtile: faute d'information spécifique sur le sujet, l'agence tente un parallèle avec d'autres agents proches pour déduire un impact.

Des doses trop faibles

"La question de la toxicité est difficile à trancher" résume pour BFM Business Aurélien Deniaud, professeur associé au Laboratoire de Chimie et Biologie des Métaux au CEA de Grenoble. L'argent en question est effectivement toxique. C'est même d'ailleurs son utilité puisque c'est cela qui le rend bactéricide et virucide. Il attaque donc aussi les cellules de notre corps.

"Mais même si cet argent est toxique pour nos cellules, il est aussi facilement excrété par notre organisme, et notamment par le foie", explique le chercheur. "Dans ces masques, la quantité d'argent me paraît trop faible pour être véritablement dangereuse."

En réalité, la technologie n'est pas nouvelle et des brevets existent dans le monde entier, notamment pour ces masques, aux Etats-Unis ou au Japon. Le débat autour des masques de DIM a d'ailleurs déjà éclaté en Belgique, l'été dernier, lorsque le fournisseur Avrox avait distribué 15 millions de masques traités aux ions d'argent. Là encore, l'entreprise s'était défendue, soulignant que la technique était "bien documentée, parfaitement sûre pour la santé et très répandue". Les masques en question sont fabriqués par le groupe américain DuPont Nutrition & Biosciences, via son brevet "Silvadur 930 Flex".

Flou juridique

Cette même marque a d'ailleurs été pointée du doigt aux Etats-Unis pour les mêmes raisons mais l'agence gouvernementale des États-Unis pour l'environ (EPA) a conclu, le 3 juin dernier, à sa non-toxicité. "Une fois que le 'Silvadur 930 Flex' est incorporé ou imprégné dans le tissu, il est extrêmement improbable qu'il soit inhalé". Par conséquent, l'EPA considère que les expositions par inhalation sont négligeables et non préoccupantes. D'autant que l'argent "n'est pas volatil" rappelle Aurélien Deniaud, c'est-à-dire qu'il ne se vaporise pas.

Reste le flou juridique. Interrogé par le HuffPost, l'Anses confirme que "les substances actives sont encore en cours d’évaluation au niveau européen".

Alors faut-il donc privilégier le principe de précaution? "Peut-être" estime Aurélien Deniaud qui juge le risque environnemental plus important, notamment dans les milieux aquatiques. Du côté du gouvernement, le porte-parole Gabriel Attal a promis d'étudier la question. "C’est une information surprenante qui mérite vérification" explique-t-il sur FranceInfo.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business