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Le RSA jeune, bonne ou mauvaise idée?

Les moins de 25 ans ne peuvent pour le moment toucher le RSA qu'avec des conditions très restrictives

Les moins de 25 ans ne peuvent pour le moment toucher le RSA qu'avec des conditions très restrictives - François Guillot - AFP

"Un rapport remis lundi au gouvernement propose d'élargir les minimas sociaux aux jeunes dès l'âge de 18 ans. L'initiative est critiquée par une partie de la gauche tandis qu'à droite, on s'insurge contre une mesure favorisant l'assistanat. Les économistes ont un avis plus nuancé."

C'est une mesure de gauche qui ne plaît pas…à gauche. Lundi, le député PS Christophe Sirugue a remis à Manuel Valls son rapport sur les minimas sociaux. Une mesure préconisée par ce document a cristallisé les débats: l'élargissement des minimas sociaux aux jeunes âgés de 18 à 25 ans. Actuellement, les jeunes n'ayant jamais travaillé ne bénéficient pas du RSA sauf conditions très particulières (avoir un enfant ou être marié avec un actif de plus de 25 ans qui lui-même rempli les conditions d'obtention).

Manuel Valls a indiqué ce mardi que le gouvernement définira "le contenu précis (de la mesure) durant les six prochains mois, pour une mise en oeuvre en 2018".

"Ce chantier que nous ouvrons, c’est bien celui du revenu universel : pas une allocation versée à tous, y compris à ceux qui disposent de revenus suffisants – cela serait coûteux, et n’aurait aucun sens – mais une allocation ciblée, versée à tous ceux qui en ont vraiment besoin", écrit le Premier ministre.

Cette idée d'une extension du RSA aux jeunes de moins de 25 ans laisse de nombreux élus circonspects. En premier lieu, l'ancienne ministre du Travail socialiste Martine Aubry. Pour la maire de Lille, il "vaut mieux donner un boulot à des jeunes plutôt qu'une allocation d'assistance".

Moins surprenant, plusieurs élus de droite sont vent debout contre cette proposition. C'est le cas de Valérie Debord, porte-parole Les Républicains qui n'hésite pas à parler de "signal désastreux" envoyé à la jeunesse "confinée dans l'assistanat dès le début de la vie professionnelle".

"Cette annonce n'est pas un bon signal. Le choix courageux aurait été de créer les conditions sociales et fiscales de l'emploi à la jeunesse", abonde la directrice du think tank libéral l'iFRAP, Agnès Verdier-Molinié dans une interview au Figaro.

Un effet désincitatif "marginal"

Les détracteurs de la mesure considèrent donc qu'un hypothétique "RSA jeune" risquerait de décourager les jeunes dans la rechercher d'emploi en se contentant d'une allocation. Faux, rétorque Gilbert Cette, économiste à l'Université d'Aix-Marseille: "Des études ont été faites pour savoir si le bénéfice de tels minimaux sociaux avaient un impact sur le comportement d'activité des jeunes. Et apparemment l'effet est hyper marginal, sinon nul." 

Guillaume Allègre, économiste à l'OFCE, partage cet avis: "Les études montrent qu'un effet désincitatif existe mais qu'il est vraiment très faible. Si l'on regarde l'âge limite des jeunes pour toucher le RSA (25 ans, ndlr) on constate que les taux d'emploi et taux d'activité baissent très légèrement." Autrement dit étendre le RSA aux jeunes ne les inciterait pas à renoncer à trouver un emploi.

En revanche, la mesure "a un effet redistributif qui est très fort et permet ainsi de réduire la pauvreté", poursuit Guillaume Allègre. Dans son rapport, le député Christophe Sirugue assure avoir réalisé des simulations montrant que, pour les seuls jeunes non étudiants âgés de 21 à 24 ans, l'ouverture du RSA permettrait de faire baisser le taux de pauvreté de 3,8%, alors qu'il est autour de 18,5% à l'heure actuelle sur les 18-25 ans.

Singularité française

Il n'en reste pas moins que le RSA jeune n'est pas une panacée. "C'est facile de donner une allocation mais c'est beaucoup moins facile d'accompagner les jeunes qui ont décroché vers le marché du travail et de leur proposer une formation adéquate" souligne Antoine Bozio, directeur de l'institut des politiques publiques et professeur à la Paris School of Economics.

S'il se montre critique, le chercheur ne condamne pas pour autant l'idée. Il évoque "le grand échec" que représentent les jeunes qui ont décroché du système scolaire et "qui ont très peu de chances de trouver un emploi". "Plus on va attendre et les laisser glisser vers la pauvreté plus il va devenir difficile de les ramener vers la vie active. Il faut donc intervenir au plus tôt", plaide-t-il.

Mais au-delà de l'efficacité de la mesure, "il est inqualifiable de discriminer les jeunes de 18 à 25 ans alors que ce sont des adultes comme les autres. Ils devraient bénéficier des mêmes droits", affirme Gilbert Cette. À ce titre Christophe Sirgue soulignait que cette condition d'âge "était une particularité française" qui n'existe dans aucun autre pays européen (à part le Luxembourg). 

Un coût non négligeable

Reste un sujet de discorde: le coût de la mesure. Les élus de l'opposition ont plusieurs fois évoqué un chiffre de 6,6 milliards d'euros s'appuyant sur les données de la direction générale du Trésor. Mais comme l'explique le rapport Sirugue, cette estimation est une donnée brute qui ne compte pas les effets "de rétroaction sur les prestations familiales". En effet, si le RSA devait être généralisé aux moins de 25 ans, leurs parents ne pourraient plus toucher d'aides au logement ou des allocations familiales. Ce qui générerait des économies.

La DREES livre, elle, une fourchette allant de 1,2 à 3,8 milliards d'euros dans le cas où le RSA serait élargi aux jeunes de 18 à 25 ans non étudiants et non rattachés au foyer fiscal de leurs parents. Christophe Sirugue retient lui 3,1 milliards d'euros si la mesure se limite aux plus de 21 ans.

Mais dans tous les cas la facture n'est pas négligeable. D'autant qu'elle risque d'être supportée par des départements qui, ces derniers mois, n'ont eu de cesse d'alerter gouvernement sur l'explosion du coût du RSA, dont ils assurent en partie le financement depuis plus de dix ans. "Le réalisme impose de mettre un terme à à des politiques sociales généreuses…mais non financées", a réagi le président Les Républicains de l'Assemblée des départements de France, Dominique Bussereau, cité par le Figaro.