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Le chômage a plus de chances de reculer fin 2014 que fin 2013

François Hollande n'a que peu de possibilités pour gagner son pari sur la courbe du chômage.

François Hollande n'a que peu de possibilités pour gagner son pari sur la courbe du chômage. - -

Les chiffres du chômage d'octobre seront connus ce 28 novembre. François Hollande a nuancé, ce jeudi, sa promesse de voir une inversion de la courbe du chômage avant la fin de l'année. Il a raison.

La certitude qu’on peut avoir sur les chiffres du chômage, c’est qu’ils ne seront pas décisifs puisqu’ils arrivent après deux mois de perturbations techniques (la fameuse affaire SFR). Et un chiffre ne peut par définition faire une inflexion de tendance.

La tendance actuelle, c’est la stabilisation du nombre de chômeurs: on enregistrait 30.000 chômeurs de plus par mois au premier trimestre 2013, 18.000 au deuxième, 5.000 au troisième. Stabilisation qui sera facilitée par le recours aux contrats aidés, et évitera tout de même au Président de la République une défaite politique cinglante.

Une seule question vaut : quand peut-on espérer la fameuse " inversion de la courbe ?". Depuis le premier choc pétrolier, le taux de chômage n’a baissé significativement que lorsque la croissance a atteint un minimum de 0,5% au moins trois trimestres de suite.

Donc, même si la reprise se matérialisait maintenant, impossible d’espérer une baisse avant au mieux la fin de l’été 2014, surtout que le fonctionnement du marché travail n’a pas radicalement changé. Depuis vingt ans, la France est de tous les grands pays celui qui a fait le moins d’effort pour aller vers plus de flexibilité.

Contrats aidés

Et encore faudrait-il que cette reprise se matérialise ! Or pour l’instant, rien n’en dessine les contours. Les statistiques du 3e trimestre ont montré que tous les moteurs de la croissance étaient à l’arrêt, les indicateurs avancés pour le quatrième trimestre, indiquent une expansion à peine positive.

Et pour 2014, on sait déjà que les industriels ont annoncé une baisse de leurs dépenses d’investissement de 2% l’an prochain. Et tout ça sans compter que la France aura du mal à profiter de l’embellie européenne, compte tenu de la dégradation de sa compétitivité face à ses principaux concurrents de la zone euro et de l’ampleur des moyens de production (humains et capitalistiques) détruits pendant la crise. Tout ça rendra difficilement accessible la prévision de croissance du gouvernement et des institutions européennes : +0,9% sur l’année.

Donc il ne reste que trois possibilités à François Hollande pour gagner son pari d’inversion de la courbe du chômage : jouer sur les mots d’abord. Il est évidemment plus facile d’obtenir une baisse du nombre de chômeurs en valeur absolue qu’une baisse du taux de chômage : pour faire reculer celui-ci de 0,1 point, il faut que le nombre de demandeurs d’emplois recule d’environ 25000 personnes (il faut bien absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail).

Utiliser les contrats aidés ensuite: les contrats aidés d’abord. Les emplois aidés classiques se maintiendront autour de 380000 l’an prochain, tandis que le nombre de contrats d’avenir monterait en puissance (150000 contre 100000 en 2013)

Chantier fiscal

Reste la stratégie la plus ambitieuse: abaisser le seuil à partir duquel l’économie française créé des emplois, puisqu’en tout état de cause la croissance sera très loin des 1,5% aujourd’hui nécessaires. Ce qui passe par de nouvelles réformes pour flexibiliser le marché du travail.

L’ouverture du chantier fiscal est à cet égard une bonne nouvelle, la fiscalité étant un des leviers importants pour enrichir la croissance en emplois. Mais là encore, mieux vaut pour espérer des résultats miser sur fin 2014 que fin 2013…

Emmanuel Lechypre