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La Suisse est-elle au bord de la récession?

La Suisse pourrait connaître un deuxième trimestre de croissance négative

La Suisse pourrait connaître un deuxième trimestre de croissance négative - Fabrice Coffrini

Frappée de plein fouet par la hausse du franc suisse, l'économie helvétique continue d'absorber ce choc. Arrivera-t-elle à se relever suffisamment tôt pour échapper à la récession? Les explications de Caroline Newhouse, économiste chez BNP Paribas.

Longtemps un ilot de prospérité économique, la Suisse commence tout doucement à manger son pain noir. Le pays helvétique a ainsi vu son économie se contracter de 0,2% au premier trimestre, alors que l'ensemble de ses voisins, la France en premier lieu, ont réussi à rebondir, profitant des vents favorables de la conjoncture.

Le pays helvétique a-t-il les reins assez solides pour se redresser à temps et éviter une nouvelle fois d'être dans le rouge au deuxième trimestre et basculer ainsi dans la récession? Les éléments d'explications de Caroline Newhouse, économiste chez BNP Paribas et spécialiste de l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse.

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- © BNP Paribas

> La Suisse a connu une baisse de son PIB au premier trimestre. Pas forcément une surprise?

On a effectivement eu un recul de 0,2% sur les trois premiers mois de l'année. Cela n'était plus arrivé depuis le troisième trimestre 2011. Cette mauvaise statistique était effectivement attendue puisqu'on avait eu la décision de politique monétaire de la Banque nationale suisse (BNS) qui, face aux afflux de capitaux, n'arrivait plus à défendre son taux plancher de 1,20 franc suisse pour 1 euro. Elle a ainsi renoncé à défendre cette parité, provoquant une forte appréciation de la devise suisse. Le choc externe a été d'une telle ampleur qu'on ne pouvait qu'anticiper un fort ralentissement économique. Les exportations ont été touchées, mais le moral des entrepreneurs a été impacté avec une baisse des décisions d'investissement.

> Du coup la Suisse s'oriente-t-elle vers une récession cette année?

Elle semble s'y diriger. Le vrai problème est que la Suisse ne peut absorber en seulement trois mois un choc aussi extrême que l'économie suisse est toujours en train d'assimiler. Les derniers indicateurs comme par exemple les carnets de commandes semblent montrer une nouvelle contraction du PIB au deuxième trimestre. Même si l'environnement est favorable avec des prix du pétrole faibles et une inflation négative qui gonfle les salaires réels et soutient ainsi la consommation des ménages.

> Et pour la suite de 2015?

L'économie va petit à petit repartir et la croissance devrait se situer autour d'un taux faible de 0,7% avec une reprise progressive vers la fin de l'année avec des éléments favorables tels que l'accélération de la croissance en zone euro. Et surtout de l'Allemagne qui devrait profiter aux exportations et aux entreprises en règle générale.

> Quelles entreprises ont été réellement impactées par la hausse du franc suisse?

En premier lieu, on pense évidemment aux sociétés exportatrices (horlogerie, chimie…). Mais avec la surévaluation du franc suisse, les produits importés se sont révélés moins cher, fragilisant les positions des sociétés domestiques. C'est donc l'ensemble de l'économie nationale qui a été affaiblie.

> Les séquelles de la hausse du franc suisse seront-elles durables pour elles?

Cela faisait trois ans et demi que la BNS avait fixé un taux plancher. Pendant ce temps, les entreprises suisses ont eu le temps de rétablir leurs marges commerciales et de renforcer leurs positions exportatrices à l'étranger. Elles étaient ainsi en bien meilleures situations pour supporter ce choc financier qu'elles ne l'auraient été en 2010. Les entreprises suisses ont ainsi les moyens de saisir le redémarrage mondial et plus spécifiquement la zone euro.

> Cette récession n'a pas semblé avoir d'impact sur l'emploi

Pour le moment. Mais il est fort probable que les entreprises aient renoncé à embaucher pour pouvoir absorber le choc. On devrait donc assister à une remontée, même très légère, du taux de chômage.

Propos recueillis par Julien Marion