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La France recrée (enfin) des emplois mais il y a un mais

Jean-Pierre Clatot - AFP

Jean-Pierre Clatot - AFP - Une foire de l'emploi à Albertville, en Savoie

47.000 postes dans le secteur privé ont été créés en 2015, selon une première estimation de l'Insee. Un chiffre témoin de la légère amélioration de la conjoncture mais encore trop faible pour faire reculer le chômage.

Le bout du tunnel semble enfin être atteint. Après trois longues années (2012, 2013, 2014) de destruction d'emplois dans le secteur privé, l'économie s'est enfin remise à créer plus de postes qu'elle n'en supprime. En 2015, 47.100 emplois salariés ont ainsi été créés, selon une première estimation publiée par l'Insee ce vendredi 12 février, le dynamisme des services (+1,1%) permettant de compenser les reculs dans l'industrie (-1,3%) et la construction (-2,9%).

"Sur l’ensemble de l’année les choses s’améliorent mais le vrai problème c’est que quand on regarde dans le détail il y a énormément d’emplois intérimaires. C’est dommageable car des CDI vaudraient mieux. Mais le côté positif est que l’intérim est un indicateur avancé de l’emploi dans sa totalité", observe Louis Harreau, économiste au Crédit Agricole CIB.

Intérim et population active

L'intérim dans le tertiaire tire en effet les chiffres globaux puisqu'il affiche une croissance de 8,2% sur un an, alors que plus globalement l'emploi marchand n'a progressé que de 0,3%.

Cette relative bonne nouvelle est donc à nuancer puisque les nouveaux emplois crées sont surtout des postes précaires. De plus, "ce rythme de 47.000 créations d’emploi reste très insuffisant pour faire baisser sensiblement le chômage", poursuit Louis Harreau.

Pour faire reculer le chômage il ne suffit, en effet, pas de créer plus de postes qu'on en détruit puisque le nombre de nouveaux entrants sur le marché du travail (étudiants, par exemple) est supérieur en France aux sortants (retraités, femmes enceintes) en raison de la démographie. Sur un an, la population active tricolore augmente généralement de 140-150.000 personnes.

Même en ajoutant les entrepreneurs et les emplois publics, le chiffre de 47.000 nouveaux postes est donc loin d'être suffisant.

2016, année de l'espoir?

L'espoir est-il cependant permis pour 2016? "La construction a énormément pesé sur l’emploi en 2015 mais les signaux s’améliorent en fin d’année et l’effet négatif pourrait ainsi s’atténuer en 2016", fait valoir Louis Harreau.

"Dans les scénarios tels qu'ils sont élaborés, le rythme devrait être plus fort, de l'ordre d'une progression de 0,2%-0,3% par trimestre dans la mesure où les perspectives d'activité sont basées sur les attentes d'améliorations de la profitabilité des entreprises qui seront alors plus enclines à embaucher et investir", considère pour sa part Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC.

Bercy prévoit la création de pas moins de 130.000 postes dans le privé cette année. Ambitieux quand on sait que le think tank libéral Coe-Rexecode table sur 86.000 créations. L'Insee, elle, anticipe 45.000 postes sur le seul premier semestre.