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La France est plus attractive que jamais, mais l'emploi tarde à suivre

Un quart des investissements étrangers en France concerne des implantations industrielles aux faibles besoins en main-d'oeuvre.

Un quart des investissements étrangers en France concerne des implantations industrielles aux faibles besoins en main-d'oeuvre. - Franck Pennant - AFP

Les investissements étrangers en France ont très fortement augmenté en 2016, selon le baromètre EY publié ce mardi. Mais ces projets créent moins d'emplois qu'ailleurs en Europe.

L'attractivité de la France a atteint un niveau inédit en 2016 selon le baromètre du cabinet de conseil et d'audit EY. Le nombre d'investissements directs étrangers (IDE) y a crû de 30% en 2016 par rapport à 2015. C'est deux fois la croissance moyenne européenne sur l'année. Mais une autre donnée ternit cette réjouissante nouvelle: le nombre d'emplois créés par ces projets étrangers en France est faible.

En effet, les 779 implantations étrangères en France en 2016 n'ont généré que 22 nouveaux emplois chacune (un peu moins de 17.000 au total sur l'année). C'est moitié moins que la moyenne européenne, à 44 emplois par projet étranger. Ainsi, la France, troisième du podium européen des IDE derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne, n'est que 5e en termes de créations d'emploi. Devant elle: le Royaume-Uni, avec 17% du total des postes créés, puis la Pologne (9%), l'Allemagne (8%), et la Roumanie (à 7%, comme la France, mais avec légèrement plus d'emplois créés en valeur absolue).

Pourquoi un tel écart? "Une fiscalité trop lourde, un coût du travail trop élevé, et un droit du travail qui n'offre pas assez de flexibilité", affirme Marc Lhermitte, associé chez EY. Un handicap accentué par le fait qu'à 700 kilomètres seulement, en Pologne, la main d'œuvre coûte beaucoup moins cher, souligne-t-il. Mais cela n'explique pas tout, puisque l'Allemagne fait l'objet des mêmes reproches de la part des décideurs étrangers qui y ont investi, pointe EY.

Des implantations peu gourmandes en main d'oeuvre

Cette faiblesse de la création d'emploi tient aussi au type très spécifique d'investissements étrangers que la France attire. Ils proviennent de sous-traitants, des équipementiers qui cherchent à travailler pour les grands donneurs d'ordre français tels qu'Airbus, Dassault, ou Danone. Des géants qui aiment avoir leurs prestataires à côté d'eux pour innover ensemble.

Du coup, ce ne sont pas des sièges sociaux ou des filiales très gourmandes en main-d'œuvre qui s'installent dans l'Hexagone, mais plutôt "de petits sites de production, extrêmement modernes et technologiques", explique Marc Lhermitte. Des usines aux machines rutilantes qui n'ont que peu besoin d'ouvriers, et qui représentent un quart du total des investissements étrangers en France en 2016.

Les sièges sociaux, eux, s'installent toujours de préférence en Grande-Bretagne, selon le baromètre EY. Cela pourrait toutefois changer l'année prochaine, puisqu'à cause du Brexit, 14% des dirigeants d'entreprises internationales installées au Royaume-Uni envisagent de déménager au moins une partie de leur activité. Et 60% d'entre eux jugent que la France constitue une alternative crédible. La concurrence avec l'Allemagne, qui récolte 76% d'opinions favorables, sera rude. Mais avec une bonne réforme du travail sur laquelle se penche le gouvernement dès aujourd'hui, Marc Lhermitte est convaincu qu'elle aura toutes les cartes en main.

Nina Godart