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La France a perdu 3000 agences bancaires en 10 ans

Les banques françaises n'ont pas fait autant d'annonces que leurs consoeurs étrangères

Les banques françaises n'ont pas fait autant d'annonces que leurs consoeurs étrangères - Damien Meyer - AFP

Avec le développement des services numériques, les banques ont réduit leur présence physique dans les territoires. Si la France est moins concernée que ses voisins, certains départements sont plus touchés.

La France et le désert bancaire. Ces 10 dernières années, le territoire a perdu 9% de ses agences et le phénomène s'accélère, selon une étude d'Infostat Marketing reprise par MoneyVox. Le pays qui comptait 41.800 agences en 2010 n'en dénombrait plus que 38.100 en 2020, soit 300 fermetures par an en moyenne sur la période. Et si l'on retire les agences postales qui ne sont pas exclusivement dédiées aux services bancaires, le pays ne compte plus que 32.000 succursales de banques à proprement parler.

Moins de banques alors que dans le même temps la population française progressait de près de 4% passant de 65 à 67,4 millions d'habitants. Résultat: le pays ne compte plus que 53 agences en moyenne pour 100.000 habitants contre 60 en 2009. Des chiffres que la Fédération française bancaire (FBF) tient à relativiser. Dans son rapport annuel Banque et Territoire, la FBF rappelle que la décrue est encore plus forte.

"Au sein de la zone euro, ce nombre est passé de 55 à 38 entre 2009 et 2019, indique la Fédération. Par ailleurs, rapporté à la superficie, le nombre d’agences bancaires a diminué fortement de 2009 à 2019 dans l’ensemble des principales économies de la zone euro, à l’exception de la France. En effet, en France métropolitaine, on dénombre en 2019 près de 7 agences pour 100km2, comme en 2009. Au sein de la zone euro, sur la même période, ce nombre baisse de 11 à 7 en Allemagne, de 11 à 8 en Italie, et de 9 à 5 en Espagne."

Une décrue qui s'explique par les nouvelles habitudes des Français notamment grâce au numérique. En 2010, 52% des Français déclaraient selon un sondage BVA fréquenter leur banque plusieurs fois par mois contre seulement 20% en 2016. Et cette proportion est certainement moindre aujourd'hui.

33 départements ont perdu plus de 10% des agences

Si le besoin de se rendre en agence a évidemment fortement diminué, les Français ne peuvent cependant pas totalement se passer d'agence physique pour déposer un chèque, discuter de placements, négocier un prêt ou trouver un distributeur d'espèces.

Or dans certains départements, la désertification est plus forte qu'au niveau national. Sur ces 10 dernières années, plus d'un tiers des départements français ont perdu entre 10 et 18% de leurs agences (contre 9% en moyenne en France). C'est particulièrement le cas dans les régions Grand Est et Pays de la Loire, souvent d'anciens bastions industriels qui ont des économies moins dynamiques aujourd'hui.

Tous les départements français à l'exception des corses ont perdu des banques.
Tous les départements français à l'exception des corses ont perdu des banques. © Infostat/MoneyVox

Se dessine une carte de France qui se vide de ces services bancaires.

"La fermeture des agences participe à un mouvement et à un sentiment général d’abandon et de désertification de l’activité économique, exacerbé dans les territoires les plus ruraux et reculés, explique Eric Bocquet, sénateur communiste du Nord dans MoneyVox. La France, c’est 35.000 communes. En Allemagne, c’est 3 fois moins. Il y a certes plus d’habitants mais sur un territoire moins étendu. Donc la population y est plus concentrée qu’en France."

Maintenir un réseau physique bancaire est une source de coûts pour la banque mais elle s'efforce de garder le contact en développant des partenariats avec les commerces pour maintenir des distributeurs de billets dans les communes rurales ou en proposant de plus en plus de services sur leurs applications avec des rendez-vous en visio, des chats, des contacts sur les réseaux sociaux... Selon la FBF, les applications bancaires sont les troisièmes les plus utilisées par les Français après les réseaux sociaux et la météo. 63% des clients s’y connectent pour suivre l’évolution de leur compte bancaire et 56% pour contrôler leur budget et leurs dépenses, assure la Fédération bancaire.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco