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La Cour des comptes constate l'échec des politiques de réduction des pesticides

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La Cour des Comptes dresse l'échec de la politique de réduction des pesticides agricoles du gouvernement -les plans "Ecophyto"- dont les effets sont "très en deçà des objectifs", malgré "environ 400 millions" d'euros de fonds publics mobilisés en 2018. L’utilisation des produits phytosanitaires a même progressé de 21% en 2018.

L'utilisation des pesticides dans l'agriculture française n'a pas baissé, au contraire, malgré les politiques publiques liées aux plans Ecophyto, censées réduire leur usage. "En dépit de ces actions et de la mobilisation de fonds publics pouvant être estimés, pour 2018, à environ 400 millions d'euros (dont 71 millions prélevés sur la redevance pour pollutions diffuses), plusieurs travaux d'évaluation ont dressé un bilan réservé de l'action menée. La Cour constate, pour sa part, que les effets des plans Écophyto demeurent très en deçà des objectifs fixés", selon le référé publié ce mardi.

"L’objectif initial de diminution du recours aux produits phytopharmaceutiques de 50 % en dix ans, reporté en 2016 à l’échéance 2025 et confirmé en avril 2019, assorti d’un objectif intermédiaire de -25 % en 2020, est loin d’être atteint: l’utilisation des produits mesurée par l’indicateur NODU (nombre de doses unités, NDLR) a, au contraire, progressé de 12 % entre 2009 et 2016, ce qui reflète la lente évolution du modèle agricole national" constate froidement la Cour.

Les plans Ecophyto 1 et 2 ont été des échecs 

La consommation de produits phytosanitaires en agriculture a même augmenté de 21% en France en 2018, a-t-on appris début janvier 2019 lors d'un bilan des résultats du Plan Ecophyto 2, chapeauté par quatre ministères: Agriculture, Santé, Recherche et Transition écologique.

Depuis le Grenelle de l'environnement fin 2007, qui avait fixé un objectif de réduction de 50% de l'usage des pesticides de synthèse en 10 ans, les deux plans successifs mis en oeuvre, Ecophyto 1 et 2, ont été des échecs. En avril, le gouvernement français a donc tenté pour la troisième fois de désintoxiquer l'agriculture des excès de la chimie en lançant un plan Ecophyto 2+.

"Dix ans après, les objectifs fixés ne sont pas atteints", souligne en effet la Cour des Comptes, qui estime que "plusieurs leviers peuvent favoriser l'évolution des pratiques agricoles".

Dans le détail, le constat d'échec dressé par le Cour se fonde aussi sur le fait que "seulement 12 % des exploitations sont engagées dans des projets labellisés économes en intrants (dont 2 272 certifiées « haute valeur environnementale ») ; la cible de 20 % de surface agricole utile (SAU) en agriculture biologique pour 2020 est loin d’être atteinte (7,5 % en 2018)".

Parmi ses recommandations, elle propose de "publier et rendre accessibles au public, chaque année, les données et les analyses rendant compte de la politique menée, des substances actives émises et de leurs effets sur la santé humaine et sur l’environnement, notamment sous forme de cartographies".

Le Premier ministre reconnait "des objectifs non atteints"

Dans sa réponse aux critiques émises sur les trois plans gouvernementaux successifs, le Premier ministre Édouard Philippe reconnait que ces objectifs ne sont pas atteints et promet, parmi d'autres mesures, de nouvelles données chiffrées "courant avril" 2020 sur les ventes de produits phytosanitaires en 2019, issues des déclarations des distributeurs de ces produits.

Par ailleurs, "l'objectif du gouvernement est d'améliorer la lisibilité, de permettre une vision pluri-annuelle sur les financements mobilisés dans le cadre d'Ecophyto et de simplifier les circuits de financements", ajoute M. Philippe.

Frédéric Bergé avec AFP