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L'heure des doutes pour la reprise?

La reprise n'est pas encore menacée

La reprise n'est pas encore menacée - Jean-Christophe Verhaegen - AFP

Les facteurs qui ont permis l'amorce de reprise actuelle s'estompent un peu. Le niveau de l'euro et les cours du pétrole commencent ainsi à se reprendre. Rien de très alarmant toutefois.

A peine la Commission européenne révise-t-elle ses prévisions de croissance à la hausse que la reprise paraît fragilisée par les ratés de ses trois principaux moteurs .

Les cours du pétrole ont remonté ces derniers jours tout comme l'euro. Enfin, les taux d’intérêt à long terme se tendent légèrement à partir de niveaux quasiment nuls.

Alors faut-il vraiment craindre que la reprise soit étouffée dans l’œuf ? Ce serait tout de même aller vite en besogne.

Un retournement de tendance peu probable 

D’abord, les trajectoires très prononcées et empruntées ces derniers mois à la baisse par l’euro, le pétrole et les rendements obligataires, ainsi que la trajectoire à la hausse des bourses, n’étaient pas extrapolable.

Il est normal qu’il y ait des respirations qui sont dues à des prises de bénéfices, aux tensions géopolitiques ou encore aux incertitudes liées au calendrier du début de resserrement de la politique monétaire aux Etats-Unis.

Reste qu’un retournement de tendance durable est aujourd’hui peu probable. Le pétrole? Historiquement, ses prix chutent toujours brutalement, mais remontent toujours lentement (en dehors brefs pics spéculatifs) parce que sur ce marché, c’est l’offre qui fait les prix, et pas la demande.

Le monde sort d’un cycle de surinvestissement qui mettra plusieurs trimestres voire quelques années à se résorber.

Une bulle boursière pas si dangereuse

L’euro? Son seul soutien est l’ampleur des excédents commerciaux européens. Sinon, tout le pousse à la baisse face au dollar : les fondamentaux (écarts de croissance et de taux d’intérêt transatlantiques, actuels et anticipés) ainsi que les aléas géopolitiques comme économiques (les inquiétudes sur la Grèce par exemple).

Les bourses? Rappelons d’abord que les perspectives de bénéfices attendues ne sont pas outrageusement surévaluées et que même si certaines entreprises se paient cher, il est encore trop tôt pour parler de bulle.

Et même si on arrivait là, et que cette bulle finissait par éclater, elle n’aurait que peu de conséquences" macroéconomiques", vu qu’elle ne s’accompagne pas d’une bulle de crédit ni d’une bulle immobilière. Ce scénario ressemblerait plus au krach vite effacé de 1987 qu’à la crise de 2008.

Les taux d’intérêt à long terme ? Rappelons que les taux d’intérêt réels (une fois l’inflation défalquée) moyens sur longue période, se situent autour de 2%, pas entre 0 et 1% comme aujourd’hui. S’ils remontent, c’est aussi que le risque de déflation s’éloigne, et c’est une bonne nouvelle. Mais il n’y a pas de vrai risque de krach sur le marché obligataire tant qu’il bénéficie des filets de protection installés par les banques centrales et d’une liquidité mondiale surabondante, qui va le rester.

C’est un point majeur : ce qui compte c’est la liquidité au niveau mondial. Or même si les Etats-Unis commencent à resserrer le robinet de l’argent facile, celui-ci va rester encore grand ouvert en Europe, au japon, et va sans doute s’ouvrir davantage en Chine.

Les marchés financiers n’auront de raisons d’avoir peur que lorsque cette liquidité mondiale commencera à se raréfier. C’est la seule question qui compte à long terme : comment sera-t-il possible de sortir de ces politiques monétaires "non conventionnelles" sans trop de dommages ? Impossible à dire aujourd’hui, d’autant qu’il n’y a pas de précédents historiques. Mais ce sont plutôt les problèmes d’après-demain que ceux de demain.