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Vers une "crise alimentaire sans précédent"? Les conséquences pour la France

Si la France ne devrait pas être touchée par des pénuries de céréales contrairement à d'autres pays, de nouvelles hausses de prix semblent inéluctables.

"Une crise alimentaire sans précédent". A l’issue du sommet de l’OTAN jeudi à Bruxelles, Emmanuel Macron a mis en garde contre les conséquences de la guerre en Ukraine sur la sécurité alimentaire mondiale.

"La guerre en Ukraine rend impossible de semer comme il se devrait, elle est en train de créer une situation qui sera encore plus grave dans 12 à 18 mois. Cette situation va créer une crise alimentaire, des situations humanitaires gravissimes dans plusieurs pays et à coup sûr des conséquences politiques massives", a ajouté le chef de l’État.

Nouvelles flambées des prix attendues

L’Ukraine est en effet l’un des principaux producteurs de céréales: plus de 84 millions de tonnes récoltées l’an dernier, un record. Un chiffre qui va forcément s’effondrer cette année. Certains pays comme l’Egypte, premier importateur de blé, pourraient dès lors faire face à des pénuries et des situations de famine. Tout comme le Liban, dont 90% du blé consommé vient d’Ukraine.

De son côté, la France, pays producteur, ne devrait pas rencontrer de difficultés d’approvisionnement: "Nous ne mangeons qu’un tiers de nos céréales. Le blé, c’est un tiers pour nous, un tiers pour nos animaux et un tiers pour l’exportation, donc il n’y aura pas de problème", explique sur Europe 1 Bruno Parmentier, spécialiste des questions agro-alimentaires.

En revanche, la France n’est pas à l’abri de nouvelles flambées des prix alors que l’inflation a déjà fait son retour en raison de la crise du Covid-19.

"On va avoir un déficit d’offre ukrainienne sur les marchés internationaux pour les prochains mois et on n’a pas beaucoup de relais dans le monde pour produire à la place de l’Ukraine. Pour le dire très clairement, plus la guerre dure, plus la situation des marchés mondiaux sera tendue", prévient sur BFMTV Sébastien Abis, chercheur à l’Iris et directeur du club Demeter, spécialiste du monde agricole.

Les premiers prix particulièrement concernés

Dans le monde, 12% des exportations de céréales viennent d’Ukraine. Le pays était en 2018 le 5e producteur mondial de maïs, le 8e producteur de blé, le premier producteur de tournesol et le troisième producteur de sarrasin. Les perturbations dans sa production devraient à nouveau faire s'envoler les cours du blé sur les marchés, de 9% dans un scénario de choc modéré, à plus de 21% dans le pire des scénarios, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO). Même chose pour le maïs (entre 8 et 20%) et les oléagineux (entre 10 et 18%).

Dans ces conditions, "il faut être lucide, (…) les prix vont augmenter", a prévenu le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie. La viande, les pâtes ou encore les œufs seront concernés. Et en particulier les premiers prix en supermarché:

"L’impact se verra avant tout sur les premiers prix dans la mesure où la quasi-totalité du prix de vente au consommateur est constitué de coûts. De coûts de transport, de coûts de matières premières, de coûts industriels… Il y a très peu de marge. Si bien que dès l’instant où les coûts augmentent, on est obligé de les répercuter sur le prix de vente", souligne Daniel Ducrocq, vice-président Europe du service Distribution.

Pour tenir compte des conséquences de la guerre en Ukraine, le gouvernement a décidé de rouvrir les négociations commerciales, achevées au 1er mars, entre industriels de l’agroalimentaire et grande distribution. Objectif: "diminuer les coûts de production" pour les agriculteurs car "les coûts de l’alimentation animale explosent", a rappelé Julien Denormandie. "Il faut que les industriels et la grande distribution jouent leur part", a poursuivi le ministre de l’Agriculture.

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco