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Revenu minimum pour tous, payé par l'État: les Suisses vont trancher

"Les électeurs suisses se prononcent dimanche sur l’instauration d’un revenu de base versé à chaque citoyen, de sa naissance à sa mort. Opposants et partisans de cette réforme constitutionnelle ont battu la campagne, avançant de solides arguments. Tour d'horizon."

Dans beaucoup de pays –dont la France–, l’idée d’un revenu de base fait son chemin. La Finlande a d’ores et déjà choisi de tenter l’expérience à partir de 2017. Et, ce dimanche 5 juin, les citoyens suisses seront appelés aux urnes pour en décider.

Une initiative populaire a en effet été lancée par un groupe sans affiliation politique, visant à instaurer un revenu de base inconditionnel (RBI). Ce revenu doit permettre à "l'ensemble de la population de mener une existence digne et de participer à la vie publique".

Le montant de ce revenu n’ayant pas été fixé de façon formelle, les électeurs helvètes devront uniquement approuver ou refuser le principe d'un revenu versé à chaque citoyen, de sa naissance à sa mort. Les sondages laissent présager une victoire du "non". Laissant à penser que les arguments des défenseurs du RBI n'ont pas totalement convaincu. Les voici, ainsi que ceux des opposants.

Ceux qui sont pour... 

> ... estiment que l'instauration d'une allocation universelle, d'un niveau suffisamment élevé, permettra à chacun de mener une existence digne et de lutter contre l'extrême pauvreté.

> ... soulignent qu'un RBI permet de redistribuer de façon plus égalitaire le revenu national

> ... pensent qu'un revenu pour tous permet de valoriser le travail des femmes qui restent à la maison pour s'occuper des tâches ménagères. Le RBI permettra aussi de leur donner une plus grande indépendance financière.

> ... jugent que cela va permettre aux employés de négocier leur salaire avec plus de flexibilité et de refuser des travaux trop pénibles ou des conditions de travail déplorables

> ... assurent que seul un très petit nombre de travailleurs (2 à 5% selon les études) ne voudra plus travailler.

> ... défendent l'idée que le RBI est une mesure soutenable financièrement - via notamment une taxe sur les transactions électroniques et l'abandon de certains impôts et aides sociales.

L'économiste Marc Chesney a calculé que l'introduction d'une taxe sur les transactions électroniques de 0,4% générerait 400 milliards de francs suisses de recettes. Avec ce montant, les autorités suisses pourraient, selon lui, abolir presque tous les autres impôts et financer le revenu pour tous.

>... pensent que le RBI répond à l'évolution de la société, provoquée notamment par la présence croissante des robots qui génère un chômage élevé.

Ceux qui sont contre... 

> ... affirment que le RBI est une "utopie" qui ne peut pas fonctionner dans la pratique. L'économiste Charles Wyplosz le compare à l'Union soviétique: "Tout le monde y était pauvre, donc égalité achevée".

> ... dénoncent le coût élevé du RBI. Ils pensent que cette aide universelle coûterait bien plus cher que les aides sociales qu'il remplacerait et qu'il faudrait créer de nouvelles taxes pour la financer.

> ... craignent une baisse des salaires.

> ... s'inquiètent d'une dévalorisation du travail et fustigent un modèle de société qui ne mettrait plus le travail au centre. 

> ... prévoient que beaucoup de gens vont cesser de travailler, ce qui va entraîner des pertes fiscales mais aussi une diminution de la richesse produite et un appauvrissement de l'économie.

> ... jugent que le RBI ne permet pas de créer de nouveaux emplois et donc, par conséquence, de lutter efficacement contre le chômage.

> ... trouvent que dans un pays comme la Suisse, où le chômage est l'un des plus bas au monde (3,5%) et où le système d'aides sociales fonctionne sans trop de difficultés, ce RBI est en quelque sorte saugrenue.

Y.D. avec AFP