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Paris-Berlin : les divergences persistent

Emmanuel Macron et Angela Merkel ont signé mardi 22 janvier à AIx-la-Chapelle un Traité franco-allemand de convergence.

Emmanuel Macron et Angela Merkel ont signé mardi 22 janvier à AIx-la-Chapelle un Traité franco-allemand de convergence. - LUDOVIC MARIN / AFP

Angela Merkel et Emmanuel Macron ont signé ce mardi à Aix-la-Chapelle le traité franco-allemand qui vise à renforcer la coopération entre Paris et Berlin. Mais derrière la volonté de faire davantage converger les politiques des deux pays, les divergences persistent.

Le Traité de l’Elysée en 1963 scellait la réconciliation franco-allemande, le nouveau traité d’Aix-la-Chapelle signe le renforcement de la coopération entre Paris et Berlin. Ce texte signé mardi par Angela Merkel et Emmanuel Macron est censé élever la relation bilatérale à un « niveau supérieur ». Il « complète » celui signé par le chancelier allemand Konrad Adenauer et Charles de Gaulle dans des domaines comme la défense, la diplomatie, l'économie ou la coopération transfrontalière, en prévoyant de grands principes et quinze « projets prioritaires ».

Mais derrière les amabilités et la volonté de faire converger les politiques des deux pays, les divergences persistent dans de nombreux domaines. Elles sont apparues au grand jour lors d'un débat avec des citoyens français et allemands à Aix-la-Chapelle, après la signature du Traité.

Divergences sur l'énergie nucléaire

Première d'entre elles : l'énergie nucléaire. « Nous venons de deux mondes très différents », a expliqué Angela Merkel. « Quand nous participons à des conférences sur le climat, Emmanuel Macron a un petit avantage sur moi parce qu'il a tellement de centrales nucléaires qu'il émet très peu de CO2 », a lancé la chancelière, qui a décidé la sortie du nucléaire en 2011 après la catastrophe de Fukushima. « J'ai aussi une population qui, je crois, ne serait pas très enthousiaste si je venais remplacer les centrales au charbon par des centrales nucléaires. C'est pourquoi nous avons décidé d'éliminer progressivement l'énergie nucléaire », a-t-elle déclaré.

« Au niveau français, ma priorité, moi, n'est pas d'accélérer la fermeture des centrales nucléaires, ma priorité c'est d'accélérer la fermeture des centrales à charbon », a répondu Emmanuel Macron, relevant que ce qui pollue plus, « ce sont les mines de charbon, ensuite c'est le gaz, ensuite le nucléaire et à la fin c'est les renouvelables ». Paris et Berlin ont néanmoins promis des « projets conjoints » dans les énergies renouvelables et « l'efficacité énergétique ».

Désaccords sur les ventes d’armes

Autre désaccord, les ventes d'armes à l'Arabie saoudite. L'Allemagne a décidé de les suspendre en octobre, tant que les dessous du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi ne seront pas éclaircis. La France, elle, vend toujours des armes à Ryad. « Si nous décidions qu'avec nos partenaires stratégiques, du jour au lendemain, nous arrêtions tout, nous perdrions toute crédibilité dans la région », a fait valoir le président français. « Notre priorité est la lutte contre le terrorisme islamiste et dans cette lutte, ils (l'Arabie saoudite) sont nos partenaires », a-t-il enchaîné.

Le Traité prévoit que « Les deux Etats élaboreront une approche commune en matière d’exportation d’armements en ce qui concerne les projets conjoints ».

Fossé sur les questions budgétaires

Enfin, Emmanuel Macron a rappelé le fossé qui sépare encore les deux pays sur les questions budgétaires : « si je devais schématiser un peu, sans doute la France a-t-elle eu un goût immodéré pour l'augmentation des dépenses publiques et une très faible sensibilité à la notion de déficit public, et d'un autre côté l'Allemagne a un goût immodéré pour la consolidation budgétaire et une faible sensibilité à la relance par la dépense ».

Il a appelé, en présence de la chancelière, à « coordonner mieux » cette politique budgétaire. Paris et Berlin vont instituer un « Conseil franco-allemand d'experts économiques » composé de dix membres indépendants chargé de faire des « recommandations sur l'action économique » des deux pays.

Delphine Liou avec AFP