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Le « quantitative easing » de la BCE a-t-il tenu ses promesses ?

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- - FREDERICK FLORIN/AFP

La semaine dernière, la BCE a annoncé la fin de ses achats massifs de titres, mettant momentanément un terme à sa politique de « quantitative easing » (QE).

Cette expression, inventée par l’Allemand Richard Werner en 1994 à propos de la politique monétaire du Japon, décrit grosso modo la version moderne de la célèbre « planche à billets ». Pour comprendre la justification du QE on peut se référer à la présentation qu’en fait la Banque d’Angleterre (la « Bank of England », soit la « BoE ») qui reste à ce jour la référence de toutes les banques centrales. On trouve sur le site de la BoE l’explication suivante: 

“Large-scale purchases of government bonds lower the interest rates or ‘yields’ on those bonds. This pushes down on the interest rates offered on loans (eg mortgages or business loans) because rates on government bonds tend to affect other interest rates in the economy. So QE works by making it cheaper for households and businesses to borrow money – encouraging spending”

L’enjeu serait donc de faire baisser les taux d’intérêt de façon à encourager l’investissement. Le résultat serait au rendez-vous puisque la BoE, qui tient des statistiques sur le taux d’intérêt de la dette publique anglaise depuis sa création en 1694, affirme que jamais ces taux n’ont été aussi bas. Il en va de même en Europe continentale où certains taux sont négatifs. Le prix à payer a été un accroissement spectaculaire du poids du bilan de la BCE dans le PIB de la zone euro depuis le début de 2015. Ce bilan atteint désormais 40% du PIB dont la moitié serait constituée d’actifs achetés dans le cadre du QE. En particulier, la BCE (prise au sens large, c’est-à-dire le Système européen de banques centrales) détient aujourd’hui 20% de la dette publique de la zone euro.

Dès lors, l’objectif ultime affiché, qui est la relance de l’investissement, a-t-il été atteint ? La réponse est clairement non ! En zone euro, en 2018, le taux d’investissement est de 23% contre 25% en 2007/2008, années équivalentes dans le cycle précédent.

Commentant la fin du QE, Edwald Nowotny, le gouverneur de la banque centrale autrichienne, en a fait un bilan très critique. Pour lui, les taux artificiellement bas perturbent l’économie sans vraiment la dynamiser. En revanche, garantir aux détenteurs de dette publique qu’en cas de doute, ils pourront toujours la revendre à la banque centrale redonne à cette dette son caractère d’actif sûr.

Ainsi donc, la BoE, qui fut créée comme acheteur en dernier ressort de la dette publique, devrait s’inspirer de Nowotny. C’est-à-dire qu’elle et les autres banques centrales devraient assumer, y compris dans la présentation de leur action, leur rôle de sécurisation de la dette publique et se limiter à cela …