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L'automobile britannique face au risque d'un «No Deal Brexit»

L'incertitude totale entourant l'issue du dossier Brexit fait redouter à Jaguar-Land Rover une paralysie de son activité au 30 mars prochain, et des dizaines de milliers de suppressions de postes.

L'incertitude totale entourant l'issue du dossier Brexit fait redouter à Jaguar-Land Rover une paralysie de son activité au 30 mars prochain, et des dizaines de milliers de suppressions de postes. - Carl Court / POOL / AFP

«Désastre à venir», «des dizaines de milliers d'emplois en jeu»... les constructeurs britanniques n'ont pas de mots assez durs pour exprimer leur inquiétude face à l'éventualité d'un «Brexit désordonné» fin mars prochain. Après Ford et Jaguar-Land Rover, c'est le patron d'Aston Martin qui se fait l'écho d'une crainte grandissante, dans ce secteur qui pèse 4% du PIB du pays et emploie 850 000 personnes.

«Un Brexit sans accord n'est pas une option». C'est l'avis sans aucune équivoque de la SMTT, association britannique des constructeurs automobiles, publié fin juillet. «Nous faisons notre possible pour intégrer l'éventualité d'un tel scénario, mais les conséquences seraient graves, non seulement pour notre industrie automobile, mais pour le secteur dans l'Europe entière», déclarait dans le même temps le patron de l'organisation, Mike Hawes.

Un avis partagé par l'ensemble des grandes enseignes britanniques, les unes après les autres. La dernière en date, la très prestigieuse Aston Martin, s'est aussi inquiétée des conséquences d'une telle hypothèse. «Ce serait un désastre de part et d'autre de la Manche» prévient l'actuel directeur général Andy Palmer, alors qu'il s'apprête à passer les rênes du groupe à la nouvelle présidente Penny Hughes, tout en préparant l'introduction en bourse du constructeur le mois prochain.

Risque de blocage total?

Mais c'est sans doute Jaguar-Land Rover, 1er constructeur britannique, qui est le plus concret dans ses craintes : «Le Brexit doit avoir lieu le 29 mars prochain. A l'heure actuelle, je suis incapable de vous dire si mes usines seront en mesure de fonctionner le 30!» s'exclamait le patron du groupe, Ralph Speth, il y a une semaine. «Si l'autoroute vers Douvres se transforme soudainement en parking à ciel ouvert à cause de nouveaux contrôles douaniers, la situation va devenir ingérable» a-t-il ajouté. «Les politiques restrictives sur le diesel ont déjà coûté près d'un millier d'emploi. Un «No Deal Brexit» se chiffrerait en dizaine de milliers», a-t-il estimé.

Quelques semaines plus tôt, c'était Ford, le constructeur américain, implanté au Royaume Uni via 3 usines, qui a déploré une chute de plus de 850 millions d'euros de ses bénéfices l'année dernière du fait de ces incertitudes. Et là aussi les inquiétudes sont concrètes : «Comment allons-nous pouvoir importer des composants et exporter nos voitures?» s'alarme Mike Flewitt, ancien vice-président de Ford mais aussi patron du constructeur de voitures de sport Mc Laren. Le secteur auto britannique, en effet, écoule 81% de sa production à l'export...

Délocalisation très difficile

Ce sont surtout les incertitudes et le flou autour des négociations, qui sont en train de miner un secteur qui fonctionne depuis toujours sur des cycles relativement longs et davantage sur du haut de gamme à forte valeur ajoutée. Au 1er semestre, la production automobile britannique a baissé de 3,3%, avec une baisse spectaculaire de 47% du marché domestique, et les investissements y ont été réduits de moitié sur un an.

Seul un signal politique fort pourrait au moins donner la direction à une industrie qui n'a d'autre choix que d'imaginer des délocalisations, tout du moins les constructeurs fortement internationalisés, comme Jaguar-Land Rover, qui a augmenté ses capacités de production dans son usine en Slovaquie. Mais difficile d'imaginer Aston Martin ou Mc Laren produire autre part qu'en Grande-Bretagne... 

Antoine Larigaudrie