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Brexit : May écarte l’idée d’un report

Theresa May, Première ministre britannique

Theresa May, Première ministre britannique - Nikl'as Hallen - AFP

« Demander de repousser la date du Brexit de règlerait rien » déclare Theresa May, décidée à jouer le tout pour le tout

C’est une partie de poker, et Theresa May la joue dans les règles : on n’abat ses cartes qu’au dernier moment. Et ce moment approche ; Theresa May vient de refermer une porte devant les parlementaires britanniques incapables de se décider, celle d’un report des délais fixés par l’article 50 : « prolonger l’article 50 et différer le Brexit ne règleraient pas le problème mais ne feraient que le déplacer » a-t-elle clairement déclaré dans l’avion qui la transporte en Egypte, à Charm El Cheikh, pour un sommet entre l’Union Européenne (dont le Royaume-Uni fait encore partie) et la ligue des Etats Arabes. Les Européens eux-mêmes étaient de toute façon très réticents à l’idée d’un report et n’auraient accepté qu’en échange d’un projet précis.

Or ce projet n’existe pas. Pierre Moscovici, le commissaire aux affaires économiques a fait part d’une certaine exaspération ce matin : « la balle est dans le camp des britanniques, ils ne veulent pas de l’accord négocié avec Bruxelles, ils ne veulent pas d’une sortie sans accord, ils doivent nous dire ce qu’ils veulent ». Et Pierre Moscovici d’ajouter qu’il préparait maintenant l’ensemble de ses équipes à affronter un Brexit « dur » et qu’il se rendrait à Calais pour s’assurer de l’état de préparation des différentes agences en charge du contrôle aux frontières.

Il n’y a pas de projet, et il n’y en aura pas cette semaine, car dans le même avion, Theresa May a précisé qu’elle ne ferait finalement pas voter le parlement mercredi, ce qui était initialement prévu : « Nous ne soumettrons pas un vote significatif au Parlement cette semaine mais nous nous assurerons qu'il aura lieu d'ici au 12 mars », a-t-elle dit aux journalistes. On ne sera alors qu'à 17 jours de la date prévue pour le divorce, le 29 mars. L'opposition travailliste a aussitôt fustigé la stratégie de May. « La décision de repousser une nouvelle fois ce vote significatif est le summum de l'irresponsabilité », a commenté Keir Starmer, chargé du Brexit au sein du Parti travailliste. « Theresa May joue la montre en toute inconscience dans une tentative désespérée de forcer les députés à choisir entre son accord (ndlr, celui qui a été négocié avec les Européens) et un no-deal », a-t-il poursuivi.

« Le Parlement ne peut pas tolérer cela »

Plusieurs députés pourraient être tentés de reprendre la main pour forcer un vote, mais les deux camps, conservateurs et travaillistes, sont à ce point déchirés en interne qu’aucun pronostic n’est possible à ce stade. Pour ajouter à la confusion, le premier cercle autour de Theresa May laisse entendre qu’une négociation est en cours avec l’Union Européenne et qu’une percée de dernière minute est encore possible : « des progrès sont réalisés », a déclaré Michael Gove, ministre de l’environnement, mais surtout très proche de la Première ministre, sur la BBC. « Le fait que Theresa May se trouve à Charm el-Cheikh (...) lui offre une occasion de discuter avec d'autres dirigeants européens et d'essayer de faire des progrès supplémentaires. Cela pourrait être une limite dans le temps du mécanisme de backstop, un mécanisme de sortie unilatéral », a estimé Michael Gove. « Cela pourrait être un autre protocole juridiquement contraignant ou une addition au traité, qui établisse clairement que nous ne serions pas liés indéfiniment (au mécanisme prévu pour régler le problème de la frontière irlandaise) contre notre volonté »

Des diplomates précisaient la semaine dernière q’une solution était effectivement recherchée à Bruxelles, mais qu’en tout état de cause elle ne serait mise sur la table qu’au tout dernier moment. Les travaillistes accusent Theresa May de jouer la montre et de dramatiser la enjeux pour obtenir un vote panique au dernier instant. Difficile de ne pas penser que c’est effectivement sa stratégie, et celle des Européens