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Faut-il cesser de publier tous les mois les statistiques du chômage?

Les chiffres de Pôle Emploi ne sont pas forcément les meilleurs

Les chiffres de Pôle Emploi ne sont pas forcément les meilleurs - Philippe Huguen - AFP

Les chiffres publiés mensuellement par le ministère du Travail sont âprement suivis et commentés. Pourtant, ces statistiques "brutes" ou, du moins, l'interprétation qui en est faite, ne reflètent pas toujours la réalité.

Les statistiques, c’est un peu comme les armes, il faudrait disposer d'un permis pour avoir le droit de les utiliser. Car on prend bien des risques à les mettre entre toutes les mains, et notamment entre celles de personnes qui ne savent pas les interpréter et leur font dire n’importe quoi.

Les chiffres de Pôle Emploi ne reflètent en effet que les flux d’entrée et de sortie de la principale agence chargée de confronter offre et demande de travail. Ce sont des données brutes qui n'offrent pas une vision complète de la réalité du marché. Il y a bien d’autres canaux.

Pôle emploi n’est en effet à l’origine que d’à peine deux reprises du travail sur dix. Les chiffres du nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi chaque mois en disent donc davantage sur la gestion du chômage que sur l’état de l’économie française. Il n’empêche que cette statistique économique reste la plus commentée par la classe politique. Mais pas parce qu’elle est la meilleure. Elle profite uniquement du fait qu’elle est la seule à être publiée à un rythme mensuel.

Des chiffres plus frais et tout aussi fiables

Heureusement, ces derniers temps, il y a du mouvement sur le front statistique. Avec des nouveaux chiffres d’abord. Depuis septembre, la société spécialiste des ressources humaines ADP publie, elle aussi tous les mois, sur la base d’un échantillon de 75.000 entreprises le nombre d’emplois créés par le secteur privé. Verdict: 16.000 créations nettes en octobre, contre 9.000 en octobre 2014.

Mais les commentateurs et les économistes auront aussi droit bientôt à des chiffres plus frais émanant de l’Insee. L'institut national des statistiques publiera ainsi à partir de 2016 ses principales statistiques deux semaines plus tôt qu’aujourd’hui grâce notamment à une nouvelle organisation de l’exploitation des données.

La tradition statistique française consistait à publier tard des chiffres très fiables, qui subiront peu de révisions ensuite, à la différence de la tradition américaine, qui consiste à publier les chiffres très vite, quitte à les réviser beaucoup ensuite. Désormais, la statistique française "officielle", voire "régalienne" arrivera beaucoup plus vite mais ne sera pas moins fiable. Pour le plus grand bien du débat économique et démocratique.