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Ce qui est vraiment inquiétant dans les résultats 2020 des banques

Les banques européennes commencent à publier leurs comptes 2020

Les banques européennes commencent à publier leurs comptes 2020 - Damien Meyer - AFP

[TRIBUNE] Les banques européennes commencent à publier leurs comptes 2020. Ils sont sans surprise.

L’année passée n’a pas été bonne. Le contraire aurait été très étonnant! Les activités de marché ont toutefois permis à certains établissements –pas à tous- de garder la tête largement hors de l’eau. Tandis que, sans surprise, ceux dont la situation était fragile avant la crise accusent des pertes importantes (Unicredit, Commerzbank).

Malmenée au premier semestre 2020, Société Générale limite finalement la casse. Tandis que BNP Paribas, le Groupe Crédit Agricole ou encore Rabobank et ING réalisent des profits non négligeables, quoiqu’en baisse.

Bien entendu, ces résultats ne suffiront pas à contrer le catastrophisme assez répandu qui nous assure que les banques sont au bord de la faillite et ne survivent, artificiellement, qu’à coups d’entourloupes monétaires ou comptables. Le Crépuscule des banques fait recette depuis des années et ce n’est certainement pas dans le contexte actuel de crise qu’il va cesser! Inutile donc d’insister sur le fait que la couverture des engagements, chez les principaux établissements français, est largement au-dessus des exigences réglementaires. Inutile de souligner que les réserves de BNP Paribas atteignaient, fin 2020, 472 milliards d'euros.

Pour autant, bien entendu, tout n’est pas rose dans la situation actuelle. Le niveau des risques a été multiplié par deux ou trois selon les enseignes et s’il reste, en montants, tout à fait absorbable, on ne peut manquer de souligner que nous sommes encore dans une période d’expectative. L’économie reste assez largement sous perfusion monétaire et nul ne sait exactement ce qu’il arrivera lorsque cessera le "quoi qu’il en coûte".

Les Banques centrales ne sont pas avares de liquidités

Disons seulement que les résultats actuels indiquent que certains établissements – déjà fragiles avant la crise – ne supporteraient sans doute pas une dépression importante, l’effondrement de secteurs économiques entiers. Ce qui est malheureusement un scénario possible. Mais est-ce vraiment une surprise? Toutefois, cela survient dans un contexte où, en dernier ressort, les Banques centrales ne sont pas avares de liquidités, ce qui permet de ne pas trop redouter d’embrasement systémique. En fait, le vrai scénario noir pour les banques reposerait sur une forte dégradation des titres de dette de leur Etat. Mais cela ne dépend pas d’elles et, bien sûr, cela ne les concernerait pas seules.

Tout ceci posé, les résultats 2020 ont néanmoins quelque chose d’inquiétant. La crise, on le sait, a accéléré le passage des clients à la banque digitale. On dispose désormais de chiffres pour le mesurer. Pour BNP Paribas, en 2020, le nombre de clients actifs sur ses applis mobile a augmenté de 20% et le nombre de connexions quotidiennes sur ces applis a bondi de 41,5%. Nickel a accru ses clients de 27% et Lyf Pay de 30%. En 2020, 75% des rendez-vous clientèle (particuliers et professionnels) ont eu lieu à distance et les opérations automatisées ont été moitié plus nombreuses. Pour Société Générale, les chiffres communiqués, quoique moins détaillés, sont comparables. Banque en ligne, Boursorama a gagné 23% de clients supplémentaires et les volumes d’ordres de bourse traités ont triplé.

Le passage au digital est incontestable ainsi. Et il a été effectivement assez massif. Pourtant, les chiffres d’affaires ont baissé ! Le Produit net bancaire de la Banque de détail en France a baissé de 6,1% sur l’année chez BNP Paribas, de 5,6% chez Société Générale. Pire, les commissions nettes ont également baissé chez les deux établissements (-3,5% chez BNP Paribas et -3,3% chez Société Générale). Une première question doit donc être posée : que rapporte exactement aux banques le passage de leurs clients au digital?

Mais il faut aller plus loin et, dans la mesure où la relation client est sensiblement modifiée dans un environnement digital, il faut demander si les banques seront à même de maintenir leur niveau de rentabilité moyen avec le développement des canaux digitaux?

"Le passage au digital n’augmente de lui-même ni les ventes, ni les marges"

Aujourd’hui, on évite cette question en voulant croire aux promesses de l’intelligence artificielle et du traitement des données développés, sinon par les banques elles-mêmes, par de jeunes pousses forcément créatives et agiles avec lesquelles elles s’allieront. On veut croire qu’on maintiendra ainsi non seulement le niveau de service mais qu’on le développera considérablement, vers une parfaite personnalisation des relations clients. Les résultats qui commencent à apparaitre invitent à sérieusement remettre à leur juste mesure de telles illusions.

Car en attendant la réalisation de ces promesses – dont certaines représentent sans doute d’assez fausses pistes – et en attendant qu’elles fassent considérablement baisser les coûts d’exploitation, le digital coûte cher! D’abord parce que la transformation suppose bien entendu des investissements, des compétences et des formations. Ensuite parce qu’il va falloir, parallèlement, restructurer les moyens existants : réseaux d’agences, systèmes centraux, organisations. Chez BNP Paribas, l’année dernière, de telles restructurations ont représenté 744 millions €'euros. Avec des risques de retards conséquents dans un contexte d’incertitudes et de difficultés économiques, alors que de nouveaux acteurs concurrents apparaissent sur les paiements, les crédits à la consommation et d’autres pans entiers d’activité.

En somme, des premiers comptes 2020 publiés, on peut déjà tirer que le passage au digital n’augmente de lui-même ni les ventes, ni les marges. Cela invite en premier lieu les établissements à ne surtout pas en rester à l’effet de sidération que la crise a pu provoquer chez beaucoup et qui gèle encore nombre de projets et de réflexions, reportés à plus tard. Il serait plus judicieux de considérer qu’il sera bientôt trop tard !

Guillaume Alméras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor

Guillaume Alméras, fondateur du site de veille et de conseils Score Advisor