BFM Business

L'édito de Stéphane Soumier

-

- - -

Nous voilà donc repartis pour une nouvelle aventure autour des BFM Awards. Car c’est bien une forme d’aventure pour nous que de tenter d’anticiper les succès durables. C’est finalement le plus compliqué dans cet exercice : une entreprise a pu renverser tous les obstacles et s’imposer par ses succès sur une année, mais que savons-nous réellement de ses forces ?

Qui nous dit que les succès ne sont pas bâtis sur du sable ? En cela on peut revenir sur quelques-uns de nos choix passés, qui semblent des erreurs fatales au regard de l’actualité de cette année. Anne Lauvergeon, par exemple, (Award 2006) à la tête d’Areva, avait évidemment présumé de ses forces en lançant l’EPR à marche forcée. Et pourtant, êtes-vous vraiment sûrs aujourd’hui qu’elle avait tort ? Oui sans doute puisque l’entreprise a disparu cette année. Mais elle avait réconcilié la France et le nucléaire, plus personne ne mettait en cause cet outil de puissance et d’indépendance. Ce n’est plus le cas, aujourd’hui, Fukushima a détruit toutes les certitudes, mais qu’en serait-il d’Areva sans cette catastrophe ? La Chine va connecter au réseau le premier EPR du monde dans quelques jours, les ingénieurs français qui ont fait naître le réacteur le plus puissant du monde peuvent en être fiers, Anne Lauvergeon sans doute aussi et notre filière nucléaire peut repartir de l’avant, après tant d’années de défaites et de luttes intestines. Patrick Kron, patron d’Alstom (Award 2007) : que n’a-t-on dit, écrit, entendu, après la vente de la branche énergie à General Electric. Les mêmes qui se taisent maintenant que le géant américain vacille à son tour. Et si Patrick Kron, décrit comme bradant les intérêts nationaux, n’avait au contraire compris suffisamment tôt que le monde industriel changeait ? Le plus douloureux reste évidemment Didier Lombard (Award 2008). Nous n’avions rien vu de la crise humaine qui secouait France Telecom et qui amènera le départ du patron l’année suivante. C’est la plus forte des leçons de ces dix dernières années, et finalement la transformation la plus profonde : le capital humain est bien la ressource la plus précieuse de l’entreprise, ceux qui l’ignorent courent à la catastrophe.

Je ne peux pas finir cette revue de détail sans Carlos Ghosn, "manager de la décennie" en 2014. Maintenant que Renault-Nissan est premier constructeur mondial plus personne ne contestera ce choix. Je me souviens que ça n’était pas le cas à l’époque.

D’ailleurs je revois la photo de cette cérémonie 2014, nous avions sur scène : Carlos Ghosn, Xavier Niel, mais aussi Manuel Valls, premier ministre et Emmanuel Macron, son ministre de l’économie. Les destins politiques réservent aussi de sacrées surprises !

Alors 2018 ? Après une année de croissance comme la France n’en avait pas connue depuis 20 ans. Facile de se tromper dans ces conditions, un proverbe anglais dit "quand les vents sont porteurs, même les cailles peuvent voler". Il est donc peut-être un peu tôt pour vous donner un indice ? Et bien non, parce que nous avons fait notre choix. Et je suis sûr que ça n’est pas une pintade ! Regardez l’année, les marchés boursiers ont désigné un vainqueur, on a désigné le même, parce que c’est le fruit d’une longue histoire, parce que c’est l’aboutissement d’une stratégie mise en place avec détermination sur plus de 10 ans, parfaitement exécutée, dans une relative discrétion. Je m’arrête là, le portrait-robot en dit déjà trop, on ne va pas non plus tuer le suspens.