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Et si les prévisions de croissance étaient trop pessimistes? 

La croissance pourrait repartir de l'avant.

La croissance pourrait repartir de l'avant. - Joel Saget - AFP

D'après des conjoncturistes, la croissance pourrait être plus forte que prévue en 2016 et 2017.

Et si finalement la croissance française était plus forte en 2016 et 2017 qu’on le prévoit aujourd’hui? C’est le scénario sur lequel travaillent la plupart des conjoncturistes aujourd’hui, en se fondant notamment sur la comparaison avec deux périodes fortes de notre histoire économique moderne: la fin 1986 et le début 1997.

En 1986, les prix du brut chutent de moitié, les monnaies européennes entament une glissade de deux ans qui va leur faire perdre 40% de leur valeur face au dollar, les taux d’intérêt à long terme, qui viennent de 18% en 1982 (plus de 4% en termes réels) tombent à 8% (2% une fois défalquée l’inflation). Résultat: la croissance avoisine 2,4% en 1986 et 1987, mais décolle ensuite pour dépasser 4% en 1988 et 1989, aidée par une politique budgétaire accommodante.

En 1997, les prix du pétrole baissent, les monnaies européennes sont au plus bas face au dollar (l’équivalent de 0,75 euro pour 1 dollar), les taux longs tombent à 2% en termes réels. Là encore, la croissance repart plus fort que prévu: de 1,4% en 1996 à 2,3% en 1997 et 3,5% environ en 1998 et 1999. Elle frôle même 4% en 2000, aidée, comme en 1988 et 1989, par une politique budgétaire "bienveillante".

Chute de l'euro

Soyons clair, en 1986 comme en 1997, aucun expert ne s’attendait à une reprise aussi vigoureuse. Les prévisions publiées au printemps 1986 anticipaient plutôt 2,5% de croissance en 1988 et 1989, loin des 4% réalisés. Et les oracles n’ont pas été plus lucides en 1997. C’est sur la base des diagnostics pessimistes de Bercy, rappelons-le, que Jacques Chirac décide de dissoudre l’Assemblée nationale pour éviter que se télescopent, en 1998, élections législatives et budget de rigueur pour pouvoir entrer dans l’Union monétaire !

Faut-il envisager le même scénario aujourd’hui ? Les points communs sont nombreux: les prix du pétrole ont perdu plus de 50% en six mois, l’euro a chuté de presque 30% face au dollar, les taux d’intérêt sont quasiment nuls, la contrainte budgétaire se desserre, et ces tendances semblent durables. Comme en 1986, le gouvernement mène une politique visant à redresser la situation financière des entreprises et la compétitivité (la fameuse "désinflation compétitive"). Comme en 1997, la révolution technologique et la surabondance de liquidités alimentent les espoirs d’une nouvelle prospérité, tandis que le sous-investissement des dix années précédentes pourrait provoquer un effet rattrapage.

La confiance n'est pas au rendez-vous

Mais attention, certains moteurs qui ont tiré la croissance à l’époque ne sont pas en état de tourner à plein régime actuellement. C’est le cas du crédit, très dynamique à la fin des années 1990, alors que l’heure est plutôt au désendettement ces temps-ci. Le commerce extérieur ne sera pas non plus aussi porteur: à la fin des années 1990, la demande des clients étrangers augmente de 8% à 9% par an, contre 3 à 4% aujourd’hui.

Le signal le plus important sera sans conteste le comportement des entreprises en matière d’investissement. Il redémarre dès 1986 (+6% par an en 2006 et 2007), pour tourner à plein régime en 1988 et 1989, à +9% l’an. Un rythme qu’il retrouvera quasiment dix ans plus tard en 1998 et 1999.

En 2015, pour l’instant, les projets ne sortent pas des tiroirs, les capacités de production sont moins sollicitées qu’en 1997 (80% contre 84% à l’époque), alors que la situation financière est plus tendue (avec un taux de marge à 29,7% contre 32,5% à l’époque) et le jugement sur la compétitivité moins favorable.

La confiance, enfin, n’est pas encore au rendez-vous. Mais pour le reste, le climat des affaires n’est pas plus mauvais qu’en 1986 ou 1997, que ce soit dans l’industrie, les services, le commerce ou le bâtiment. Au final, la croissance française ne pourra certainement pas dépasser allègrement les 3% en 2016 et 2017, mais une prévision inférieure à 2% parait en revanche presque pessimiste.

Emmanuel Lechypre