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Episode de gel: la récolte de vin 2021 sera "très faible" selon les interprofessions

Les interprofessions des vins AOP et IGP estiment que l'épisode de gel qui a touché ces derniers français les vignobles français est "l'un des plus sérieux des dernières décennies".

L'épisode de gel qui a touché une très grande partie des vignobles français ces derniers jours est "l'un des plus sérieux des dernières décennies" et cela va amputer la production de l'année, a estimé jeudi le Cniv, qui réunit les interprofessions des vins AOP et IGP.

"La récolte est complètement amputée. On sait déjà qu'on va avoir une très faible récolte en 2021", a déclaré à l'AFP Jean-Marie Barillère, président du Comité National des Interprofessions des Vins à appellation d'origine et à indication géographique.

"80% du vignoble français"

Le gel, qui a commencé à sévir il y a quatre jours, a "touché 80% du vignoble français", estime-t-il.

"Les arboriculteurs et les viticulteurs viennent de vivre une semaine noire". "Pratiquement toutes les régions ont pris une nouvelle claque la nuit dernière mais il y avait déjà des dégâts avant", souligne-t-il.

Selon lui, il faudra une "dizaine de jours" à la profession pour évaluer précisément l'état des bourgeons et estimer les dégâts.

Selon le Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB), il est "déjà certain que ce gel du printemps impactera sévèrement le volume de la récolte 2021": le gel a "durement frappé" de vastes zones du vignoble du Bordelais.

Dans la vallée du Rhône, les premières remontées de terrain laissent craindre le pire. Plus encore pour les arboriculteurs, dont les productions étaient plus avancées, que pour les vignerons.

"Pêches, nectarines, abricots vont être rares sur les étals cette année", estime Daniel Sauvaitre, président de l'association nationale des pommes et des poires (ANPP). "Tout l'enjeu, c'est de savoir s'il reste suffisamment de fleurs qui soient encore vertes pour faire une récolte", a-t-il ajouté auprès de l'AFP.

Evaluer les dégâts

Il faudra "quelques jours pour mesurer précisément l'ampleur des dégâts", a déclaré jeudi sur Public Sénat le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie. Mais il estime déjà que c'est un "nouveau coup dur" dans un contexte "déjà difficile pour nos agriculteurs", notamment les viticulteurs qui ont vu "beaucoup de débouchés se fermer du fait du confinement".

"Au moment où cet épisode de froid sera passé (...) nous allons nous réunir avec l'ensemble des filières pour évaluer précisément les dégâts, voir comment on peut apporter des soutiens", a déclaré Julien Denormandie.

La FNSEA "appelle à une réaction rapide des pouvoirs publics" qui doivent "envisager dès à présent les mesures d'indemnisation permettant à chacun de passer l'année difficile qui s'annonce".Emmenés par la sénatrice de la Gironde Nathalie Delattre (Mouvement radical), les élus de la vigne et du vin ont appelé à "un véritable plan de sauvetage" de la filière viticole, "mise à genoux" par l'épisode de gel.

Mobiliser les assureurs

"Dans les cultures qu'on dit +assurables+, je pense par exemple aux vignes, à la grande culture, il va nous falloir mobiliser très fortement les assureurs", a dit Julien Denormandie. Pour les cas où les cultures ne sont pas assurées, le régime des calamités agricoles est susceptible d'être actionné quand un épisode climatique est jugé exceptionnellement intense. Dans un communiqué, le syndicat agricole Modef demande que "les préfets réunissent en urgence le Comité national de gestion des risques en agriculture (CNGRA) afin que les départements concernés puissent être reconnus au titre des calamités agricoles". Il souhaite "que l'État abonde le fonds des calamités agricoles à hauteur des besoins"

Vendredi, selon Météo France, il fera encore froid au petit matin dans les terres au nord de la Loire, sur un grand quart nord-est, dans le Massif central et à l'intérieur de la Provence, avec des gelées fréquentes atteignant localement -4 à -2 degrés sur le Grand Est.

Les agriculteurs redoutent la survenue d'un nouvel épisode de gel, possiblement en début de semaine prochaine. "Et nous ne sommes que mi-avril, on peut geler jusque début mai", souffle Daniel Sauvaitre.

J. Br. avec AFP