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Vélib': l'incivilité des utilisateurs a de lourdes conséquences

L'amour vache entre les Vélib' et les utilisateurs. Ces derniers sont séduits par le service et pourtant dégradent les vélos.

L'amour vache entre les Vélib' et les utilisateurs. Ces derniers sont séduits par le service et pourtant dégradent les vélos. - Florian David - AFP

Si les vélos en libre-service connaissent un fort engouement dans la capitale, les utilisateurs ne sont pas très soigneux avec leur bicyclette. Une négligence qui coûte cher.

"Depuis 2007, vous avez réalisé l’équivalent de 5 aller-retours Terre-Mars !". Le 15 juillet dernier, la mairie de Paris célébrait les 7 ans du Vélib' en mettant en avant l'engouement des utilisateurs pour ce service. Depuis son lancement, 614 millions de kilomètres ont donc été parcourus dans la capitale et ses abords et 250 millions de déplacements réalisés. Près de 300.000 personnes s'abonnent chaque année et un engin est loué chaque seconde.

Mais le revers de la médaille n'est pas rose. En effet, si les Parisiens et les touristes apprécient ce service, ils n'en prennent pourtant pas soin. Une étude de décembre de l'Atelier Parisien d'Urbanisme, qui a pour mission de suivre et analyser les évolutions urbaines, estime que l'équivalent de la totalité du parc est volé chaque année. Albert Asseraf, directeur général Stratégie, Études et Marking chez JCDecaux, nous précise que "tout vélo qui n'est pas retourné en station 24 heures après sa location est considéré comme volé".

En 2014, par exemple, 18.879 vélos ont été chapardés. Si 91% des vélos sont retrouvés (17.107 en 2014), 27% d'entre eux doivent être détruits. Trop abimés, ils ne sont pas réparables. Les pièces qui peuvent l'être sont récupérées et l'engin part ensuite à la casse.

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- © APUR

Et ces dégradations ont un prix. Un Vélib' coûte 609 euros hors taxe à produire. Il faut qu'ils soient entièrement carénés (câbles cachés, freins protégés, pneus increvables) et assez lourds (22kg) pour résister aux intempéries, accidents, …

Si 27% des 19.000 vélos ont été détruits ou rendus inutilisables l'année dernière, cela signifie que JC Decaux, qui gère les vélos en libre-service, a dépensé plus de 3 millions d'euros pour les changer. Un chiffre qui a pu atteindre 4 à 5 millions d'euros certaines années. Ce à quoi il faut ajouter "les frais de recherche des vélos volés", précise Albert Asseraf.

Un manque à gagner tel que JC Decaux a demandé dès 2009 à la Ville de Paris de rééquilibrer le contrat entre eux. À l'origine, le groupe français devait implanter 20.600 vélos en libre-service et verser une redevance annuelle de 3,5 millions d'euros en plus des recettes annuelles, en échange de l'exploitation de 1.628 panneaux publicitaires. Finalement, JC Decaux reçoit un intéressement aux recettes de location et une participation de Paris au remplacement des vélos volés ou abimés, soit 450 euros dès que 4 à 20% du parc est vandalisé. Selon la Chambre régionale des comptes d'Île-de-France, le groupe avait, par exemple, récupéré 4 millions d'euros en 2010.

"Pour faire face au vandalisme la Ville de Paris a entrepris plusieurs actions en lien avec JC Decaux et la Préfecture de Police de Paris", explique Nadhéra Beletreche, responsable adjointe du service de presse de la Mairie de Paris. Ainsi, une dizaine de stations ont été équipées de potelets au cours de l'été 2015. "Un dispositif qui rend plus difficile le vol des Vélib' et qui a fait ses preuves", précise-t-elle.

Installation d'équipements de vidéo surveillance 

Mais ils ne se sont pas arrêtés là. "Des capots de protection et des serrures renforcées ont été installées. En tout ce sont près de 11.000 bornettes qui ont été sécurisées avec des solutions antieffraction". De plus, ils ont décidé qu'entre le 13 juillet et le 15 août, 34 stations seraient fermées. Et une campagne de communication a été lancée. Par ailleurs, certaines sont dorénavant équipées de vidéo surveillance. Et "les effectifs de la police dédiés ont été renforcés. Deux agents en plus s'occupent de la récupération des vélos dégradés depuis juin, soit, au total, 7 agents affectés en permanence". Nadhéra Beletreche précise également que JC Decaux et la Mairie de Paris ont mis en place un plan d'urgence: le tri des réparations rapides est optimisé afin d'augmenter les capacités de réparation et réduire la durée. 

Par ailleurs, JCDecaux la Ville de Paris et les parquets de Bobigny et Paris ont signé une convention. "Les délinquants mineurs suivent des stages de sensibilisation directeur dans les ateliers Vélib'", explique Albert Asseraf. Pour Nadhéra Beletreche, "89% des mineurs accueillis en 2014 n’ont depuis jamais refait l’objet d’une procédure suivie par le parquet, pour quelque fait que ce soit. C’est un excellent taux de non récidive. Il permet de proposer une mesure de responsabilisation immédiate, de prendre conscience des conséquences des actes commis et de contribuer à réparer le tort fait". En 2013, 42 jeunes ont eu affaire à ce dispositif, en 2014, 58 et en 2015, 56.

Le contrat avec le géant de la publicité doit prendre fin en février 2017. Il va donc donner lieu à un appel d'offres pour le renouvellement du Vélib'. Le nouveau venu devra donc gérer ce problème de vandalisme qui pourrait bien devenir encore plus important à mesure que ce service s'étend. Le système devrait bientôt concerner une cinquantaine de communes autour de Paris.

Le canal Saint-Martin est actuellement vidé pour des travaux d'entretien. Les services de la mairie de Paris trouvent une collection de Vélib'. Un bel exemple de dégradation des vélos.

Diane Lacaze