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Toyota : la crainte d'une guerre commerciale à fronts multiples

Malgré de solides performances au 1er semestre, Toyota doit prendre en compte des vents contraires de plus en plus forts pour les mois à venir.

Malgré de solides performances au 1er semestre, Toyota doit prendre en compte des vents contraires de plus en plus forts pour les mois à venir. - TOSHIFUMI KITAMURA / AFP

Le géant japonais revoit à la baisse ses prévisions annuelles, sur fond de taux de changes défavorables, de concurrence accrue et de conflits commerciaux sur plusieurs fronts.

« La concurrence s'annonce féroce... et Toyota ne doit pas baisser la garde ». Le constructeur plante le décor d'une fin d'année qui s'annonce plus compliquée que prévu. Toyota du coup abaisse ses prévisions de bénéfice net et de chiffre d'affaires pour l'ensemble de l'année.

Pourtant, les performances du premier trimestre fiscal étaient plutôt bonnes, avec un bénéfice net en hausse de 4% sur un an, autour des 5,6 milliards d'euros. Sans compter que Toyota sortait déjà d'une année 2018-2019 où il avait signé un record historique de chiffre d'affaires pour une entreprise japonaise, au delà des 30.000 milliards de yens, l'équivalent de 260 milliards d'euros, et des ventes en volume largement au-delà des 10 millions de véhicules.

Le Yen fort pèse sur les comptes

Mais cet acquis de croissance, dû en grande partie à une maîtrise très pro-active des coûts, au succès de ses modèles, notamment du Rav4 (SUV le plus vendu au monde), et à son avance technologique avec l'hybride, n'est pas suffisant dans le contexte actuel.

Un contexte tout d'abord dominé par des effets de changes négatifs entre le yen et le dollar, qui écorne les profits. Une tendance qui semble plus affirmée et plus durable que prévu, au point que Toyota songe à accentuer sa production sur ses sites étrangers, pour contrecarrer ces effets de devise.

Le poids des guerres commerciales

La conjoncture générale de contraction du marché automobile mondial, avec des constructeurs obligés d'investir des sommes colossales pour l'électrification et l'automobile du futur, joue également. Car si Toyota a pris une confortable avance sur l'hybridation, il doit investir de gros budgets sur l'électrification et ses autres projets de technologies propres, comme l'hydrogène.

Et surtout, c'est le contexte général de guerre commerciale qui commence à obscurcir l'horizon pour Toyota. Conflit latent entre Chine et Etats-Unis tout d'abord, difficilement quantifiable, mais qui provoque d'importantes perturbations des échanges entre ces différents pays, qui constituent des marchés essentiels pour Toyota.

Base de comparaison de moins en moins favorable

Mais les prémisses d'une guerre commerciale en règle entre Japon et Corée du Sud commencent à émerger, alors que les deux pays ont rompu leurs liens de partenaires économiques privilégiés. Un souci d'autant plus sérieux que le coréen Hyundai, en pleine croissance, semble être devenu le concurrent le plus acharné de Toyota, autant en termes de technologies que de maîtrise des coûts et de politique de prix.

De multiples facteurs qui pourraient peser sur la profitabilité de Toyota dans les mois à venir, d'autant que l'arrêt de dispositifs fiscaux avantageux au Japon en octobre prochain pourrait constituer un poids supplémentaire, en provoquant des bases de comparaison défavorables sur les performances financières.

Toyota se veut donc prudent et se tient prêt à prendre les mesures nécessaires pour protéger sa rentabilité, notamment en resserrant encore davantage ses coûts et en réorientant ses priorités d'investissement et de production.