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Qu'arrivera-t-il à l'industrie automobile britannique en cas de Brexit?

Façade de l'usine Nissan de Sunderland, en Angleterre.

Façade de l'usine Nissan de Sunderland, en Angleterre. - Nissan

"Le 23 juin, les Britanniques devront voter pour décider s’ils restent ou non dans l’Union Européenne. Avec des conséquences encore peu connues, notamment dans le très exportateur secteur de l’automobile. A quoi peuvent donc s’attendre les constructeurs locaux? Voici quelques éléments de réponse."

Dans la dernière ligne droite avant le référendum du 23 juin, les camps du Bremain et du Brexit (contractions de Britain Remain, pour le maintien dans l’UE, et de Britain Exit, en faveur d’une sortie) abattent leur dernière carte. Les deux camps sont au coude-à-coude dans les sondages, avec un très léger avantage en faveur du maintien En cas de sortie de l’Union Européenne, les conséquences pour l’économie britannique sont encore floues, entre scénario catastrophe et projections optimistes. Le Royaume-Uni arrivera-t-il à exporter de manière aussi efficace? Une question cruciale, surtout pour l’industrie automobile locale, performante et tournée en grande partie vers ses voisins européens.

Un secteur en faveur du maintien dans l’UE

Les professionnels du secteur automobile ont en tout cas fait leur choix. Pour ces derniers, le Royaume-Uni doit se maintenir dans l’UE. C’est ce qui ressort de ce sondage commandé par le SMMT (Society Of Motor Manufacturers and Traders), syndicat qui regroupe toutes les entreprises du secteur automobile basées au Royaume-Uni, y compris les succursales de compagnies étrangères. 88% d’entre-elles désirent se maintenir dans le marché unique, et 77% estiment que rester dans l’UE est dans leur intérêt.

Lorsque l’on regarde les chiffres du secteur, exposés par le SMMT, on comprend leur attachement à l’UE: l’automobile "made in Britain" est florissante, et a bénéficié de 8 milliards de livres (environ 20 milliards d’euros) d’investissements depuis 2013. Plus de 160.000 emplois sont directement concernés par la fabrication de véhicules, et le SMMT estime à 800.000 le nombre de postes qui en découlent dans le royaume. Et cet écosystème dépend fortement des exportations.

L’UE premier client de l’industrie automobile britannique

En 2015, la production automobile britannique a enregistré ses meilleurs résultats depuis 2005. Les chaînes de montage du royaume avaient vu sortir 1.595.697 modèles, des chiffres atteints pour la première fois depuis la récession. Oui mais, 77,3% d’entre eux étaient destinés à l’exportation, et 57,5% des voitures destinées à l’étranger partaient vers l’UE. Une relation en croissance de 11,3% par rapport à 2014, d’après les chiffres publiés par le SMMT. L’accès facilité au marché unique, et à une main d’œuvre qualifiée, autant d’arguments qui expliquent que les professionnels du secteur soient si peu enclins à couper les liens avec les partenaires européens.

Pour les constructeurs, une éventuelle sortie de l’UE fait grincer des dents, mais aucun n’a osé ouvertement menacer les Britanniques de plier bagage. Le directeur général de Ford, Mark Fields, déclarait à Bloomberg Television en février "préférer avoir le Royaume-Uni partie intégrante d’une UE réformée, dans son intérêt". Parmi les plus grandes craintes, le flou autour des droits de douane pour les véhicules exportés. En cas de Brexit, le Royaume-Uni devra renégocier pays par pays ses accords commerciaux, ce qui pourrait prendre des années. En l'absence d’accords, ce sont les tarifs de l’OMC (organisation mondiale du commerce) qui entrent en compte, autant dire que l’addition sera plus salée. Cela représente un risque de voir des véhicules "made in Britain" surtaxés arriver en Europe continentale. Des modèles, par conséquent, peu attractifs.

Si cela n’est pas dangereux pour le secteur du premium, voire du luxe (Aston Martin, Jaguar Land Rover…), le problème se pose pour les constructeurs japonais installés en Angleterre (Honda, Nissan et Toyota) qui produisent des modèles plus modestes. Quand on sait que l’usine Nissan de Sunderland (Sud de l’Angleterre) est le site le plus productif du pays, les enjeux sont grands. Autre point, souligné par Rémi Cornubert, associé en charge de l'industrie automobile pour A.T. Kearney: "l’Union Européenne présente l’avantage de faciliter l’homologation de véhicules". Il précise comment: "Il suffit de présenter la voiture à trois pays de l’UE, et pas forcément ceux qui ont les règles les plus strictes, pour que le modèle soit de facto validé pour tout le marché unique".

Le Brexit, un pari qui peut aussi être gagnant

Mais pour Rémi Cornubert, le Brexit peut aussi présenter une opportunité, à court et moyen terme, pour l’industrie automobile britannique: "en cas de baisse significative de la livre sterling, il y aurait un avantage comparatif non négligeable à exploiter, grâce à la baisse des coûts". Il poursuit: "si la livre sterling ne grimpe pas et ne devient pas une valeur refuge, le secteur automobile pourrait gagner en compétitivité". En clair, l’expert estime que même avec une hausse conséquente des droits de douane, les constructeurs pourront compenser par une réduction conséquente des coûts.

Ainsi, ils n’auraient pas à subir le préjudice d’une hausse des tarifs sur les modèles moyen et entrée de gamme, et risquer une baisse des ventes. A condition, bien sûr, que le cours de la livre sterling baisse vraiment. C’est un pari, et reste à savoir si cette tendance sera "temporaire ou permanente". En cas de Brexit, l’expert ne voit pas les constructeurs plier bagage: "ceux du secteur du luxe ne seront pas dérangés, même s’ils doivent augmenter considérablement les tarifs. Les droits d’entrée en Chine sont très élevés, mais ça n’empêche aucun fabricant de vendre dans le deuxième marché premium au monde."

Les fabricants de modèles moins prestigieux (notamment les japonais Toyota, Honda et Nissan) non plus. En février dernier, Akio Toyoda (PDG de Toyota) confiait que lorsque son grand-père a fait construire l’usine de Burnaston (Derbyshire) en 1989, il demanda à ce qu’une capsule soit enterrée sous le site, et ouverte après 100 ans. Une usine qui à elle toute seule, représentait en 2014 plus de 10% de la production de voitures au Royaume-Uni. Sa conclusion est de bonne augure pour la suite des événements: "nous serons là pour l’ouvrir, et nous pourrons tous voir que nous avons construit une entreprise purement britannique." Et ce même malgré une sortie de l’Union Européenne.

Hedy Beloucif