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Pepy : « Les cheminots veulent de la considération »

Guillaume Pepy était l'invité de Jean-Jacques Bourdin le jeudi 04 octobre

Guillaume Pepy était l'invité de Jean-Jacques Bourdin le jeudi 04 octobre - -

Guillaume Pepy, le directeur Général Exécutif de la SNCF défend la moralité de son entreprise et annonce les réformes à venir.


J-J B : Vous êtes patron… On sait combien dans notre pays il y a méfiance envers les chefs d’entreprise. Quand vous voyez l’affaire Gauthier-Sauvagnac, ces histoires EADS et Airbus, ce capitalisme sans éthique, vous n’en n’avez pas un peu marre ? G P : Je crois que ça fait mal à tout le monde. Aux salariés comme vous l’avez dit, mais aux entreprises aussi. Il faut dire les choses clairement : à la SNCF comme dans 99.99% des entreprises ça ne nous concerne pas. Il n’y a pas de stock options, il n’y a pas de millions d’euros à se faire en vendant des actions. On a tous envie de réagir aujourd’hui en disant qu’il faut sans doute régler ce problème. Mais il ne faut pas confondre EADS avec le reste des entreprises.

J-J B : On a besoin d’un capitalisme éthique dans ce pays ?
G P : Je trouve qu’il y a quelque chose de très injuste en ce moment. Quand on parle de EADS et de cette affaire-là, on voit des images de Louis Gallois. Sauf que celui-ci est arrivé après, justement pour mettre de l’ordre. Moi j’ai travaillé pendant dix ans avec lui comme patron et je peux vous dire que c’est quelqu’un qui a une volonté de mettre de l’ordre et de l’éthique absolument partout.

J-J B : Mais il demande des efforts à ses salariés et parallèlement à ça, des cadres ont peut-être touché beaucoup d’argent.
G P : Là dessus je suis d’accord avec vous. La question est de savoir ce qui va maintenant se passer. Ce délit d’initié est pénalement réprimé donc il faut faire confiance à la justice, que cette affaire-là soit jugée rapidement. Mais encore une fois, je crois qu’il ne faut pas confondre quelques affaires dans lesquelles il y a des millions d’euros et des stock-options avec ce qui se passe dans les entreprises. A la SNCF il n’y a pas de stock-options.

J-J B : Est-ce que les cheminots sont des nantis ?
G P : C’est n’importe quoi, ce sont des slogans, des stéréotypes.

J-J B : Mais qui prononce ces slogans ?
G P : Plein de gens. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que les cheminots sont prêts à la réforme, prêts à l’évolution de leur système de retraite, mais à condition d’être considérés et non dénigrés. Il y a 80000 personnes à la SNCF qui travaillent en décalé tous les jours. C’est à dire qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, les trains circulent 24h sur 24 donc ils veulent être considérés. La deuxième chose c’est que si l’on travaille à la SNCF plus longtemps, ce qui est normal puisque c’est le cas aussi dans le régime général ou la fonction publique, il va falloir qu’on travaille à cette poursuite de carrière. Que cela soit bien traité. On va le négocier dans l’entreprise.

J-J B : J’ai 50 ans, je suis conducteur à la SNCF, je suis obligé ou désireux de prendre ma retraite, ça va changer avec la réforme des régimes spéciaux ?G P : Ça va changer. Mais il faut savoir que même si vous n’avez que 50 ans, vous avez travaillé nuit et jour, vous vous êtes levé à toutes heures, vous avez travaillé samedi et dimanche. J’encourage donc cette réforme et les conducteurs sont prêts à l’accepter. Ce qu’ils ne veulent pas, c’est être désignés comme des fainéants ! Parce que la SNCF fait partie de la France qui travaille. Le droit des conducteurs, c’est d’avoir 12 week-ends par an. Quand vous le faites, vous êtes d’accord sans doute pour qu’on fasse évoluer le régime des retraites mais il ne faut pas d’abord avoir été stigmatisé, dénigré.

J-J B : Qu’est ce que vous demandez pour les cheminots dans cette réforme des régimes spéciaux ?
G P : Ça va se passer de la manière suivante : d’abord le gouvernement concerte, c’est ce qui est actuellement en train de se passer, c’est ce que fait le Ministre du Travail. Et la semaine prochaine sans doute, il va y avoir un cadre de négociations. Pendant ce temps-là, on informe les cheminots. Le droit des cheminots est d’être informés de ce qui s’est passé dans la fonction publique puisque c’est le système de la fonction publique qui va nous être appliqué.

J-J B : Vous relayez le discours politique du Gouvernement ?G P : Pas du tout. Mon travail c’est que les cheminots soient informés de ce qui s’est passé dans la fonction publique puisque c’est une réforme équivalente à celle de la fonction publique qui va s’appliquer. Et ensuite, dans l’entreprise on va négocier. Un exemple, si les gens travaillent plus longtemps, ce qui est naturel et légitime puisqu’on vit plus vieux, il faut parler de cette suite de carrière, il faut se demander quelles conditions de travail, quelle formation, quelle grille des salaires quand on va continuer à travailler au delà de 55 ans.

J-J B : Vous avez peur sur le plan des salaires ?
G P : Pas plus tard que demain, on va avoir pour la troisième année consécutive, la présidente de la SNCF qui va signer un accord salarial à la SNCF sur les salaires, avec 4 organisations syndicales. On augmente les salaires pour tout le monde de 1,5% et il y a des mesures complémentaires qui sont l’écho ou le résultat de l’entreprise.

J-J B : Est ce que les cheminots touchent des primes qui ne sont pas prises en compte dans leur retraite ?
G P : Oui

J-J B : Est ce que vous allez demander à ce que ces primes soient prises en compte ?G P : La SNCF fait des bénéfices, mais ce ne sont quand même pas des poches sans fond. On va négocier. C’est vrai qu’il y a aujourd’hui certaines primes qui ne sont pas prises en compte dans la retraite et que par exemple dans la fonction publique on a crée un régime de retraite complémentaire. On va en discuter avec les organisations syndicales.

J-J B : Il y a des cadres, des cheminots à la retraite qui travaillent à l’étranger et qui cumulent…
G P : C’est légal.

J-J B : Ils sont payés par des sociétés qui sont installées dans des paradis fiscaux ?
G P : Ce qui va changer c’est qu’aujourd’hui dans la réglementation actuelle, on peut cumuler sans limite la retraite et le salaire. Il est probable que la loi va changer et qu’on va pouvoir travailler uniquement en ajoutant sa retraite au delà de 60 ans. Autrement dit, avant 60 ans, soit on est à la retraite soit on travaille, mais on ne cumule pas les deux.

J-J B : Est ce que les conducteurs vont s’associer à la grève du 18 octobre d’après les dernières informations que vous avez ?
G P : On verra, mais vous savez, pour nous il y a un seul mot d’ordre. Sans attendre la mise en œuvre opérationnelle de la loi sur le service minimum, on va mettre le paquet sur l’information. Ce qui est aujourd’hui reproché à la SNCF, c’est le manque d’info les jours de grèves. Tous les horaires y compris les transiliens, les RER, les TER, seront publiées avec les listes de trains dans les journaux régionaux et nationaux pour que chacun sache ce qui circule. On va aussi tester des choses nouvelles comme envoyer des SMS ou des mails aux abonnés. On va pouvoir garantir absolument le programme qu’on aura annoncé.

J-J B : On va parler des tarifs de la SNCF, le but est de remplir les trains au maximum ?
G P : On veut surtout faire comme on fait dans le train depuis 25 ans. En France, le train est de retour et c’est ça qui a changé. Ça a changé la géographie, ça a changé le déplacement et on va continuer. C’est très simple : aujourd’hui il y a 3 places sur 4 qui sont occupées. On veut remplir les places restantes et ce en baissant les tarifs. On va baisser notre prix Prem’s, qui est notre prix le moins cher, on va faire des réductions encore plus importantes aux bénéficiaires de cartes abonnées. Et enfin on va proposer un million de places à tarifs réduits de plus en 2008, par rapport à 2007. On baisse les prix pour amener encore plus de gens aux trains.

J-J B : Je veux changer mon billet au dernier moment, ça va me coûter un peu plus cher ?
G P : Oui parce que ce qui se passe aujourd’hui c’est qu’il y a beaucoup de gens qui veulent rendre leur billet au dernier moment. Malheureusement ces places-là on peut rarement les revendre. Or si les gens les avaient rendues plus tôt, on aurait pu les faire profiter à d’autres. Donc la règle qui a été décidée est simple : si vous rendez votre billet le dernier jour, vous payez trois euros.

J-J B : Si je rate le train est ce que je peux me faire rembourser ?
G P : Oui, dans l’heure qui suit.

J-J B : J’ai vu ce qu’a déclaré votre présidente Anne-Marie Idrac à propos du transport aérien et du transport routier. Elle suggère que les transports aériens et routiers très polluants soient un peu plus taxés. La réponse d’Air France fut de dire que la proposition est grossière. Vous êtes grossier à la SNCF ?
G P : La présidente fait son métier, elle défend le rail et elle pousse la SNCF. On est en plein débat en ce moment sur les modes de transports. On veut pousser un mode de transport qui préserve l’environnement, la sécurité, et les générations futures. Entre Paris et Londres par exemple, si on prend l’avion plutôt que le train, on émet 10 fois plus de gaz carbonique à effet de serre. Donc on dit qu’il vaut mieux que l’avion soit pour les moyennes et longues distances et pour les courtes distances il vaut mieux prendre le train.

J-J B : Qu’est ce que vous dites aux entreprises de transport routier ?
G P : On prend une tonne sur un kilomètre. Si c’est un train qui la transporte ça émet 6 grammes de CO² au kilomètre. Si c’est un camion, ça en émet 50. La encore, c’est dix fois plus. On ne peut pas mettre tout le trafic sur le train. Mais néanmoins nous disons qu’il faut faire des investissements pour avoir des lignes de trains qui soient réservées aux trains de marchandises.

J-J B : Pourquoi le fret ne marche-t-il pas ?
G P : Ça marche quand même mieux. Le président de la République a dit qu’il fallait augmenter la part modale du train de 25% et nous mettons nos moyens, nos locomotives, là où il y a le plus de trafic. Ça s’appelle le haut débit ferroviaire.

J-J B : Vous allez rénover certaines rames de TGV qui sont un peu vieillissantes ?
G P : On a deux problèmes, celui de la propreté et celui des toilettes. Je me bagarre parce que ce n’est pas au niveau.

J-J B : Le TGV jusqu’à Nice avec une ligne rapide c’est pour quand ?G P : Les élus en débattent. Il y a deux solutions : soit on passe par la côte, soit par l’intérieur. La décision sera certainement prise d’ici 18 mois à 2 ans. Ce qui est important, c’est que la France a le programme de lignes à grande vitesse qui est le plus important du monde, avec l’Espagne.

La rédaction-Bourdin & Co