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Le "train des primeurs" Perpignan-Rungis repart

Le Premier ministre Jean Castex relance ce vendredi le "train des primeurs" qui transporte des fruits et légumes méditerranéens de Perpignan au marché de Rungis, après deux ans d'interruption.

Le premier train doit partir du marché Saint-Charles de Perpignan à 16H28 pour arriver à Rungis samedi à 03H08, à temps pour nourrir le ventre de Paris.

Cette liaison, qui permet l'acheminement de fruits et légumes en wagons réfrigérés dans lesquels on charge directement des palettes, avait été suspendue à l'été 2019 faute de clients. La vétusté du matériel - et, partant, des inquiétudes sur la pérennité de la liaison - avait alors été largement mise en cause.

"C'était la dure loi du marché qui s'appliquait et elle était très dure parce que les prix de la route sont imbattables. Le train n'était pas subventionné", explique aujourd'hui Frédéric Delorme, président de Rail Logistics Europe (filiale de fret ferroviaire de la SNCF).

Trains moins longs

La nouvelle relation reprend le même principe mais avec des trains deux fois moins longs. Sur les 80 wagons dont disposait Ermewa (un loueur de wagons, filiale de la SNCF), seuls 34 ont pu être retapés, permettant d'avoir des convois de 12 wagons chacun - avec 12 wagons mobilisés dans un sens, 12 dans l'autre et 10 gardés en réserve ou en maintenance -, explique-t-il.

Ces 12 wagons transporteront à 140 km/h autant de fruits et légumes que 18 camions, cinq fois par semaine de novembre à juillet (pendant la saison des primeurs, surtout venus d'Espagne et du Maroc). Ils ont tous été loués par le chargeur Primever jusqu'à la fin 2024.

"Pour le jugement de l'offre il fallait avoir des clients qui s'engagent", souligne M. Delorme.

Jean Castex avait indiqué peu après son arrivée à Matignon qu'il avait été "meurtri" par la suspension du train des primeurs qui part de sa terre d'élection.

Autoroute ferroviaire

Il n'est pas étranger à la relance de la ligne pour laquelle le gouvernement a lancé en décembre un appel à manifestation d'intérêt pour trouver un repreneur.

C'est Rail Logistics Europe qui a été choisi avec un projet comprenant aussi la création d'une "autoroute ferroviaire" - chargeant des semi-remorques et des conteneurs sur des trains - du Boulou (Pyrénées-Orientales) au port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) près de Paris, qui doit être lancée d'ici à la fin de l'année.

L'intérêt étant que cette liaison supplémentaire permet d'acheminer des produits plus variés, surtout destinés à la grande distribution, et de charger des marchandises dans le sens inverse nord-sud, contrairement au train des primeurs qui rentre à vide.

"Ca coûte plus cher que la route et c'est pour ça qu'il faut une subvention mais les bénéfices écologiques justifient cette subvention", insiste M. Delorme. Celle-ci atteint 14 millions d'euros sur la durée de la convention jusqu'à la fin 2024, selon Matignon.

Le train des primeurs, qui fournira près de 10% des flux de fruits et légumes absorbés par Rungis, ne devrait pas rouler au-delà de cette date car les wagons réfrigérés seront alors complètement à bout de souffle.

Et après 2024?

L'idée est de faire circuler à partir de 2025 une autoroute ferroviaire de Barcelone à Anvers qui s'arrêterait à Perpignan et Rungis.

Mais il faudra pour d'ici là construire un terminal digne de ce nom dans le marché de gros francilien qui n'est actuellement pas adapté pour faire débarquer des conteneurs ou des camions. "Un projet ambitieux" d'installation de transport combiné rail-route capable d'accueillir trois trains par jour est dans les cartons.

En attendant, Jean Castex doit signer en début d'après-midi quatre conventions de financement avec SNCF Réseau pour engager la modernisation du terminal du Boulou, accélérer la régénération des voies de service, digitaliser la commande des créneaux de circulation de dernière minute des opérateurs ferroviaires et renforcer la puissance électrique entre Dijon et Lyon.

Ces investissements, de 47 millions d'euros, s'inscrivent dans l'objectif repris par le gouvernement de doubler la part du fret ferroviaire, de 9% à 18%, d'ici à 2030.

OC avec AFP