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La RATP refuse une affiche publicitaire en soutien aux chrétiens d'Orient

Le métro parisien défend un principe de neutralité sur son espace publicitaire.

Le métro parisien défend un principe de neutralité sur son espace publicitaire. - Bertrand Guay - AFP

Le réseau de transports parisien s'est opposé à ce que la mention "pour les chrétiens d'Orient" apparaisse sur les affiches du prochain spectacle des "Prêtres". Et ce, au nom de la laïcité et par neutralité au sujet d'un conflit extérieur.

De "l'abus de qualification" pour certains, "un principe de neutralité" pour d'autres. Depuis deux jours, la polémique autour des affiches promotionnelles dans le métro parisien du prochain concert des "Prêtres" prend de l'ampleur. En cause, un concert des prêtres, organisé par TF1 Entreprises, en soutien aux chrétiens d'Orient, victimes depuis plusieurs mois des persécutions de l'Etat islamique. L'idée étant de récolter des fonds pour leur venir en aide.

Sauf que l'initiative, jugée contraire au principe de laïcité, n'a pas plu à la RATP. Si les affiches faisant la promotion du spectacle sont bien visibles dans le dédale parisien, la mention "pour les chrétiens d'Orient", en revanche, n'apparaît pas, comme cela devait être le cas dans l'affiche proposée à l'origine. 

Nouveau tirage

Une décision qui a surpris Monseigneur Di Falco, évêque de Gap et à l'origine du projet musical des Prêtres, comme en témoigne son message sur Twitter.

"Les affiches étaient conçues, prêtes, imprimées. Mais on m'a fait remarquer qu'elles avaient été postées dans le métro sans la mention qui spécifiait le but de l'opération", explique-t-il au Figaro .

"J'ai appelé les producteurs pour savoir pourquoi. Ils m'ont répondu que la RATP avait voulu qu'ils retirent cette mention des affiches avant qu'elles soient posées. Ils ont donc dû faire un nouveau tirage, sans la mention", ajoute-t-il.

"Obligation de neutralité du service public"

Côté RATP, on avance deux raisons au rejet de ces affiches. Tout d'abord, une obligation de neutralité : "Cette information se situe dans le contexte d'un conflit armé à l'étranger" (celui entre l'Etat islamique et ses adversaires, en Irak et en Syrie, NDLR) et "que le principe de neutralité du service public qui régit les règles de fonctionnement de l'affichage par Métrobus, trouve en effet dans ce cas à s'appliquer", argumentent dans un communiqué le réseau et sa régie publicitaire. 

La seconde raison avancée tient davantage du principe de laïcité. "Toute publicité présentant un caractère politique ou confessionnel, conformément à l'obligation de neutralité du service public" est prohibé, indique le communiqué de la régie.

"On devient plus laïc que laïc"

Pour le député PRG des Hautes-Alpes, Joël Giraud, cette décision provoque l'effet contraire. "Cela dessert la cause de la laïcité", dénonce-t-il au Figaro. "On devient plus laïc que laïc. A ce moment-là, on devrait aussi interdire les affiches de groupes de gospel. Il s'agit aussi de chants religieux. C'est limite de la ségrégation, alors que dans le cas des chrétiens d'Orient, il s'agit d'un génocide. La France a officiellement, par la voix de Laurent Fabius, apporté son soutien à cette communauté", souligne l'élu.

M.G.