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La crise des autoroutes "impacte le reste des business d'Eiffage"

Pierre Berger, le PDG d'Eiffage, a défendu le modèle économique des concessions autoroutières au micro de BFM Business.

Pierre Berger, le PDG d'Eiffage, a défendu le modèle économique des concessions autoroutières au micro de BFM Business. - BFM Business

Pierre Berger, le PDG d’Eiffage, était l’invité de BFM Business mercredi 17 décembre. Selon lui, les sociétés d’autoroutes, en plein bras de fer avec le gouvernement, sont victimes d’un faux procès car plusieurs éléments sont occultés sur leurs changes.

Le gel des tarifs des péages en 2015, réclamé mardi par Ségolène Royal, a marqué une nouvelle étape dans le conflit opposant le gouvernement aux sociétés d’autoroutes.

Après le président de Vinci Autoroutes la veille, Pierre Berger, le PDG d’Eiffage, est donc monté au créneau ce mercredi. Car selon lui, la situation "est en train d’impacter le reste des business d’Eiffage. C’est aussi le cas chez Vinci", a-t-il affirmé sur BFM Business. "Depuis une quinzaine d’années, le gouvernement français a encouragé des groupes comme Eiffage et Vinci à investir dans les infrastructures, à faire du financement privé", a-t-il poursuivi.

"On fait appel à des fonds d’investissement, à des banques, à de la dette", a-t-il rappelé. "Les investisseurs, eux, nous disent : 'on attend de voir ce qui se passe sur les autoroutes françaises, ce que fait l’Etat, on n’est pas sûr de continuer avec vous'".

"Nous avons pris un risque en 2006"

Selon le PDG, la bataille de petites phrases que se livrent politiques et concessionnaires déstabilise "énormément" le groupe. "Certains investisseurs dans Eiffage sont partis et ne reviendront plus, ils me l’ont dit. C’est trop risqué, trop compliqué. Nous sommes associés à des Australiens, il y a aussi des Espagnols avec Abertis. Ils ne comprennent pas. Pour le futur, il faut figer la situation", a-t-il souhaité, soulignant l'urgence de la situation.

Une situation qui pourrait également impacter d'autres projets menés par les groupes de BTP en France, par manque de confiance des investisseurs, selon lui.

Le dirigeant est également revenu sur la privatisation – très critiquée- des autoroutes en 2006. "Lorsque l’Etat a mis en vente ses concessions, il y a eu un appel d’offres. 15 candidats ont fait des offres. L’Etat a fait une affaire exceptionnelle, 50 milliards d’euros sont rentrés dans les caisses. Nous, nous avons pris un risque – jusqu’à 2032 en ce qui concerne Eiffage", a-t-il fait valoir.

"Les dividendes ne tombent pas dans la poche d'Eiffage"

Un avis pas forcément partagé par l’Autorité de la concurrence, dont un rapport fustige l’absence de risque réel pour les sociétés autoroutières et un système de rente. "L’Autorité de la concurrence oublie une chose fondamentale: les sociétés autoroutières ont une dette. Du cash-flow remonte des sociétés autoroutières. Mais entre ces sociétés et Eiffage, il y a des holdings qui se sont endettées pour acheter les concessions", a détaillé Pierre Berger.

"Les dividendes remontent mais ne tombent pas dans la poche d’Eiffage. Ils servent à rembourser l’emprunt contracté, en l’occurrence 15 milliards d'euros. Il nous reste 11 milliards à rembourser", a-t-il affirmé. Avant de conclure: "si vous achetez un appartement et que vous faites payer un loyer: ce dernier ne tombe pas dans votre poche mais sert à rembourser l’appartement ainsi que les intérêts".

Yann Duvert