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L’Élysée met la pression sur Alstom pour s’éviter un scénario catastrophe

François Hollande et Manuel Valls participeront à une réunion interministérielle lundi matin au sujet d'Alstom.

François Hollande et Manuel Valls participeront à une réunion interministérielle lundi matin au sujet d'Alstom. - Patrick Kovarik - AFP

Une réunion interministérielle se tient ce lundi à l’Élysée, après la décision prise par le groupe français d’arrêter la production de trains à Belfort. Le gouvernement veut éviter un scénario qui pourrait s’avérer préjudiciable à quelques mois de l’élection présidentielle.

Condamnation du Premier ministre et réunion interministérielle lundi matin à l'Élysée: après l'annonce par Alstom de l'arrêt de la production de trains à Belfort, l'exécutif met la pression sur le groupe industriel, dont l'État est actionnaire minoritaire, alors que l'opposition s'immisce dans le débat.

"La méthode employée par Alstom est inacceptable. Nous l'avons dit cette semaine aux dirigeants d'Alstom", a ainsi déclaré Manuel Valls dimanche. Mais, a-t-il souligné, "nous avons déjà sauvé Alstom et nous pouvons encore sauver Alstom, à condition que les dirigeants jouent pleinement leur rôle".

Une réunion se tiendra donc lundi matin à l'Élysée avec, autour de François Hollande et de Manuel Valls, le ministre de l'Économie Michel Sapin, le secrétaire d'État à l'Industrie Christophe Sirugue et le secrétaire d'État aux Transports Alain Vidalies.

Éviter un "nouveau Florange"

Pour rappel, le constructeur ferroviaire, confronté à une pénurie de commandes, a annoncé mercredi l'arrêt de sa production de locomotives sur son site historique de Belfort, qui sera "transféré" à Reichshoffen (Bas-Rhin) d'ici à 2018. Cette décision, qui a provoqué un choc dans la région, menace plus de 400 emplois. Alstom s'est tout de même engagé à soumettre aux salariés concernés "une proposition de transfert", vers d'autres sites.

Mais pour l'exécutif, il est hors de question d'entériner un tel scénario à quelques mois de la présidentielle de mai 2017. La fermeture des hauts fourneaux d'ArcelorMittal à Florange (Moselle) en 2013, vécue par les salariés comme une "trahison" de François Hollande, a en effet marqué les esprits.

Manuel Valls lui-même connaît par ailleurs les dégâts que peut faire ce genre d'annonces en pleine campagne. Il était chargé de la communication au cabinet de Lionel Jospin, Premier ministre de 1997 à 2002, lorsque ce dernier avait déclaré qu'il ne fallait "pas attendre tout de l'État ou du gouvernement", à propos de milliers de suppressions d'emplois chez Michelin. Peu avant la présidentielle de 2002, où il avait été éliminé au premier tour, le candidat socialiste affirmait, devant l'usine LU d'Évry (Essonne), qu'"on ne peut pas imposer sa loi à chaque entreprise".

L'opposition monte au créneau

D’autant que l'opposition s'est déjà emparée de l'affaire. "Comment l'État peut-il accepter que son coactionnaire annonce la fermeture du site sans qu'il soit au courant?", s'est ainsi étonné Nicolas Sarkozy dans le JDD. "Hollande restera comme le président du renoncement national", a-t-il ajouté.

"L'État doit sauver ce site", a aussi déclaré Marine Le Pen (FN) sur TF1. "On voit bien là le rôle que doit avoir l'État stratège de soutien de nos champions industriels".

Mais que peut faire l'État, qui, avec 20% des droits de vote au conseil d'administration d'Alstom, n'est qu'actionnaire minoritaire? Pas grand-chose, selon l'ex-ministre de l'Économie Emmanuel Macron, qui a déclaré à l'AFP que l'État ne pouvait "empêcher" la fermeture du site.

"Le gouvernement doit taper fort"

La ministre de l'Environnement et de l'Énergie, Ségolène Royal, a pour sa part estimé dans la soirée que puisque le groupe devait "monter en puissance sur toutes les technologies du renouvelable", il pourrait "développer" sa filière énergie renouvelable à Belfort.

"Le gouvernement doit taper fort sur la table pour obliger Alstom à revoir sa décision et éviter un désastre humain", a souhaité Olivier Kohler, délégué CFDT à Belfort. L'État a selon lui "un moyen de pression important via toutes les commandes que la SNCF passe à Alstom".

Le syndicaliste a regretté que Bercy ne se soit pas montré "assez virulent" vis-à-vis du PDG d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge, qu'il avait convoqué jeudi.

En attendant, un rassemblement est prévu lundi à 19H00 devant l'Hôtel de Ville de Belfort, à l'appel de l'Union départementale CGT. Une pétition pour le maintien du site, lancée par les élus locaux, avait quant à elle recueilli dimanche plus de 4.000 signatures.

Y.D. avec AFP