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L'affaire Volkswagen plus grave que la crise grecque pour l'Allemagne?

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- - Thomas Imo - AFP (Montage BFM Business)

Avec un chiffre d'affaires de 200 milliards d'euros et 270.000 salariés en Allemagne, Volkswagen est un pilier de l'économie outre-Rhin.

Quel sera l'impact du scandale Volkswagen? S'il est encore trop tôt pour l'estimer avec précision, plusieurs économistes font état de leur pessimisme. Pour la marque mais aussi pour toute l'économie allemande. Le chef économiste d'ING est ainsi frappé par l'ampleur qu'a pris l'affaire en si peu de temps. 

"Tout d'un coup, Volkswagen est devenu un risque de baisse plus importante pour l'économie allemande que la crise de la dette grecque, estime-t-il. Si les ventes de Volkswagen venaient à plonger en Amérique du Nord dans les mois à venir, ça aurait un impact sur l'entreprise mais aussi sur toute l'économie allemande."

Volkswagen a vendu près de 600.000 voitures l'an dernier aux Etats-Unis, soit environ 6% de ses 9,5 millions de véhicules au niveau mondial. Et si ce ne sont que les véhicules diesel qui sont concernés (480.000 automobiles Volkswagen vendues sur cinq ans aux Etats-Unis), l'ampleur du scandale pourrait avoir des répercutions sur la marque dans son ensemble. 

La voiture, pilier de l'économie allemande

D'autant qu'on ne sait toujours pas quel sera le montant de l'amende. Si c'est la fourchette haute -les 18 milliards de dollars évoqués, elle entamerait fortement la trésorerie du numéro 1 mondial de l'automobile qui est de 21 milliards d'euros (24 milliards de dollars).

Des ventes potentiellement impactées, des finances entamées, cela fait craindre pour l'emploi outre-Rhin. Car l'affaire pourrait avoir des répercutions sur les autres constructeurs allemands. Comme BMW qui dévissait ce jeudi en bourse suite à un test problématique en terme d'émission d'oxyde d'azote. Et ce en dépit du démenti apporté par le constructeur bavarois. 

Or le gouvernement l'a répété mercredi 23 septembre, l'automobile reste un "pilier important" pour l'économie. "C'est une industrie très innovante et qui a du succès, et qui une grosse pourvoyeuse d'emplois", a assuré un porte-parole du ministère de l'économie allemande.

Et c'est justement cette "auto-dépendance" qui inquiète et qui pourrait impacter la croissance allemande (1,8% prévu cette année) et ce dans un contexte déjà problématique de ralentissement chinois.

"Si les ventes d'automobiles chutent, ce sont également les fournisseurs qui seront touchés et avec eux l'ensemble de l'économie", redoute Martin Gornig du think-tank DIW interrogé par Reuters. Le secteur employait en effet 775.000 personnes en Allemagne en 2014, soit 2% des emplois. Un secteur qui est à l'origine de 200 milliards d'euros d'exportation sur un total de 1133 milliards d'exportations en 2014. Les exportations automobiles sont équivalentes à l'excédent commercial qui s'est élevé à 217 milliards en 2014.

"Voilà pourquoi ce scandale n'est pas une bagatelle. L'économie allemande a été frappé à sa base", estime Michael Huether, directeur de l'Institut économique IW, interrogé par Reuters.

Beaucoup d'irrationnel là-dedans 

Tous les spécialistes du secteur ne partage pas cette vision noire. "Il y a beaucoup d'irrationnel dans cette affaire, estime Pierre Bergeron, spécialiste automobile à la Société Générale. ll y aura probablement un impact négatif sur les ventes sur les marchés européens et chinois mais il devrait être limité. Le scandale des airbags de General Motors était plus grave en ayant directement causé la mort de 124 personnes à ce jour. Et ça n’a pas empêché le groupe américain d’augmenter ses ventes aux USA en 2015." 

Et quand bien même Volkswagen serait touché, les risques seraient limités pour l'économie allemande. "Il n'y aura pas de récession à cause d'une seule entreprise, relativise Joerg Kraemer, chef économiste de Commerzbank interrogé par Reuters. Il n'y a pas de suspicion par ailleurs pour les produits "Made in Germany"".

>> A lire notre dossier sur le "scandale Volkswagen"

Frédéric Bianchi (avec Reuters)